fabricemelquiot

Samedi 1 avril 2006 6 01 /04 /2006 18:44
 
 
 
      

Fabrice Melquiot fut d’abord acteur avec Emmanuel Demarcy-Mota et la compagnie Théâtre des Millefontaines.
 

Parallèlement il écrit. En 1998 ses premiers textes pour enfants Les petits mélancoliques et Le jardin de Beamon sont publiés à l’Ecole des loisirs et diffusés sur France Culture. Il reçoit le Grand Prix Paul Gilson de la Communauté des radios publiques de langue française et, à Bratislava, le Prix européen de la meilleure œuvre radiophonique pour adolescents. 
 

Depuis quelques années, il se consacre entièrement à l’écriture.


Ses textes sont publiés chez l’Arche Editeur : L’inattendu (2001), Percolateur Blues et La semeuse (2001), Le diable en partage et Kids (2002), Autour de ma pierre il ne fera pas nuit et La dernière balade de Lucy Jordan (2003), Ma vie de chandelle (2004), un recueil de trois monologues : C’est ainsi mon amour que j’appris ma blessure, Le laveur de visages et L’actrice empruntée (2004), puis Exeat et Je rien Te deum (2005), Marcia Hesse (2005).
 

Perlino Comment (2001) inaugure la collection de théâtre jeunesse de l’Arche éditeur, suit Bouli Miro (2002) mis en scène par Patrice Douchet, en tournée pendant trois ans. Bouli Miro a également été sélectionné par La Comédie Française ; ce sera le premier spectacle jeune public à être présenté au Français. La suite des aventures de Bouli, Bouli redéboule, a été présentée, toujours à la Comédie Française en 2005-2006. Le Gardeur de Silences a été publié et mis en scène par Franck Berthier à la Faïencerie de Creil en 2004.
 

En 2002/2003, pour sa première saison à la tête de La Comédie de Reims, Emmanuel Demarcy-Mota invite Fabrice Melquiot à le rejoindre comme auteur associé, membre du collectif artistique de La Comédie et met en scène L’inattendu et Le diable en partage, au Théâtre de la Bastille (Paris) à La Comédie de Reims et en tournée.
 

D’autres metteurs en scène ont choisi de se confronter à cette écriture poétique sans concession (Dominique Catton, Mélodie Berenfeld, Vincent Goethals, Reynald Robinson, Christian Gonon, Michel Belletante, Philippe Lagrue, Eva Doumbia, Michel Dydim, Ben Yalom aux Etats-Unis, Victor Carrasco au Chili, le Thalia Theater en Allemagne…).
 

En 2003, Fabrice Melquiot s’est vu décerner le prix SACD de la meilleure pièce radiophonique, le prix Jean-Jacques Gauthier du Figaro et deux prix du Syndicat National de la Critique : révélation théâtrale de l’année, et pour Le diable en partage : meilleure création d’une pièce en langue française.

En 2004, le compagnonnage se poursuit avec la création de Ma vie de chandelle, à La Comédie de Reims et au Théâtre de la Ville (Paris).


En 2004/2005, Emmanuel Demarcy-Mota met en scène un monologue, Exeat, avec Hugues Quester. Michel Belletante monte, quant à lui, Je peindrai des étoiles filantes et mon tableau n’aura pas le temps à l’Amphithéâtre de Pont de Claix. Vincent Goethals participe au festival de théâtre jeune public Odyssée 78 à Sartrouville avec Catalina In Fine. Les petits mélancoliques sont en tournée dans le Nord de la France, spectacle créé par la compagnie Tourneboulé. La Comédie-Française reprend Bouli Miro. Plusieurs pièces sont créées en Espagne, en Grèce, en Allemagne, au Canada, en Russie…
 

En 2005/2006, Emmanuel Demarcy-Mota met en scène Marcia Hesse au Théâtre des Abbesses, spectacle réunissant 13 acteurs du collectif de la Comédie de Reims ; la Comédie-Française crée la suite de Bouli Miro, Bouli redéboule, Catalina In Fine est accueilli au Théâtre du Rond-Point et plusieurs pièces traduites par Fabrice Melquiot sont montées : Michel Dydim met en scène Face de Cuillère de Lee Hall, Gloria Paris met en scène Filumena Marturano d’Eduardo de Filippo, Patrice Douchet monte Noces de Sang de Federico Garcia Lorca…
 

En 2006/2007, reprise de Marcia Hesse au Théâtre des Abbesses pour cause de succès, tournée en France. Deux nominations aux Molières. Création d’Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit par Franck Berthier à la Faïencerie de Creil. Percolateur Blues, La Semeuse, Le diable en partage, Ma vie de chandelle sont présentées dans de nouvelles mises en scène. Plusieurs créations à l’étranger : Pologne, Etats-Unis, Canada, Mexique, Italie…
 

En 2007/2008, Dominique Catton et Christiane Sutter créent Alice et autres merveilles au Théâtre Am Stram Gram de Genève. Emmanuel Demarcy-Mota crée le troisième épisode des aventures de Bouli Miro, Wanted Petula à la Comédie de Reims, Franck Berthier crée Eileen Shakespeare avec Liliane Rovère dans le rôle-titre. Ma vie de chandelle et La dernière balade de Lucy Jordan sont créés au Mexique par Manuel Ulloa et Guy Delamotte. Le feuilleton radiophonique Indja Kabul est diffusé par France Culture ; L’Inattendu est également mis en ondes, avec Anouk Grinberg ; et Eileen Shakespeare avec Fanny Ardant…
 

En 2008/2009, En somme ! est créé au Théâtre National de Chaillot, avec la danseuse et chorégraphe Marion Lévy. Gilles Chavassieux crée Faire l’amour est une maladie mentale qui gaspille du temps et de l’énergie au Théâtre des Ateliers, à Lyon. Kids est repris à Montreuil. Pollock, poème dramatique est créé à Bourges par Paul Desveaux. Le Théâtre du Centaure crée Otto Witte au Gymnase, à Marseille. Tasmanie est créé en Allemagne, Eileen Shakespeare à Barcelone, Le Jardin de Beamon au Mexique, Marcia Hesse et Albatros à Bruxelles, Autour de ma pierre, il ne fera pas nuit à Montréal et Chicago…
 

Si l’essentiel de son écriture est tournée vers le théâtre, une autre passion l’anime : la poésie. Un recueil, Veux-tu ? a été publié à l’Arche et a donné lieu à une lecture-concert présentée à Paris, Reims, Turin… Un second recueil de poèmes est publié en 2005 : Graceful dont une version musicale a été présentée à la Comédie de Reims et au Théâtre de l’Ouest parisien.

Les textes de Fabrice Melquiot sont traduits en plusieurs langues.


 

En 2008, il a reçu le Prix Théâtre de l'Académie Française pour l'ensemble de son oeuvre.

 

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Jeudi 18 octobre 2007 4 18 /10 /2007 09:38
Punta-Arenas.jpg

Avenue Christophe Colomb, à Punta Arenas
Le Bar Saturne n’existe pas
Mais au numéro 756
On trouve cette enseigne invisible :
Désir que le Bar Saturne existe
 
Il existe donc une porte qui n’existe pas
 
Quand tu es entré au Bar Saturne
Toi non plus tu n’existais pas
Mais tu voulais commencer
Et il fallait boire ton huitième café
Pour accélérer le coeur
Et aller vers
Apprendre à exister
 
Il y avait là des gens inexistants
Figures creuses enfilant des beignets à la viande
Dans la bouche du néant
 
Tu as vu cet homme qui remontant le mécanisme de sa montre
Revint à l’origine du temps
Et le cueillit
Pour renaître dans un jardin propre
 
Tu te souviens de ce tableau qui n’existait pas
Signé Mariboli
C’était une vue de Saturne
Et les bouteilles autour
Tournaient comme des étoiles vides
Ou habitées
 
Qu’il était bon de n’être pas encore
Dans ce désir de bar
Qui n’était qu’un désir
 
Pourtant, tu l’entends encore, la vieille dame
Sur son tabouret perchée
Comme un Giacometti mourant
 
Et de sa voix mordue par les spectres :
« J’avais sept ans quand j’ai dit la première fois : un jour, j’irai en Europe. Et en 1980, j’ai vu Paris un été, le Louvres et le Lido dans la même journée ah, nous étions tous ces vieux ah. Puis je n’ai plus bougé. Je marche souvent au bord du détroit. Je ne crains pas le vent. J’ai soixante-dix-neuf ans. »
 
Il y eut des phrases où passèrent des paquebots
Que personne ne prit
 
On essaya de parler français, entre morts-vivants
 
Au mur, près de l’horloge
Quelqu’un avait suspendu un boomerang
Qui n’existe pas
Alors la vieille dame a osé
Revenir à l’origine du désir et te souriant
Elle a prononcé cette phrase de tous les âges :
 
« J’aimerais vous aimer. »
 
Tu as rougi.
Tu as cru à une plaisanterie.
Elle a rougi.
Tu l’as regardée un long moment.
Elle n’avait pas l’air de regretter.
Tu aurais pleuré jusqu’à ce que tes larmes existent.
Tu as commandé un neuvième café, sans savoir qui t’avait servi le précédent.
 
Il y eut un silence et le Big Bang.
 
Puis tout s’est mis à exister, soudain tout a existé.
Jusqu’à ta caresse sur la main de la dame.
 
Il y eut vos deux respirations, placées l’une près de l’autre, sur la portée.
 
Si tu désires une chose, tu la mets au monde.
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Lundi 19 novembre 2007 1 19 /11 /2007 11:51
La nuit jette en pâture nos crânes aux pauvres, traînant jusqu’à l’aube leur sacre morne ; ils passent sans ramasser nos têtes                      
Vois, je ne m’endors qu’au dehors de moi, sur les brisées de la commune absence, martel en tête, pour la cognée des songes ; quand tu dors, je fais mon tour en loques
De mon enveloppe cent fois oblitérée, je m’extrais pour prendre repos ; une pelure d’homme, au vent ; je suis le bien veillant sur nos sommeils joints
C’est moi, la voix qui te fait parler la nuit, tandis que se love contre tes reins mon ombre sans froc ; je fais mon tour, puis le tien
Je bats, paupière tremblante à ton œil, agitant les heures du coq, me reconnais-tu ?
Passé par la fenêtre, je ne meurs qu’en voyageant, la main ouverte, tends-moi la main, montrons-nous une vie d’errants volontaires, marchons à l’écart !
Que je m’étire en toi, m’agrippe au devenir : je n’ai la clef de moi qu’à ta serrure
Nous sommes l’un de l’autre l’énigme sainte !
Je ne crois pas au bonheur, comme il se doit, mais une phrase perle à mes lèvres ; membre amputé :
Je te jure que c'est vrai ; il n'y a de vérité que parce que j'ai appris à te jurer quelque chose.
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Samedi 2 février 2008 6 02 /02 /2008 22:07
Nuit---Modane.jpg

Ne regarde pas sur le sable
Couler
Le sang cru des horloges :
Il s’efface au vent des caravanes.
Le temps sur un visage
Ne se lit pas toujours
Ni l'avant
Ni l'après
Et l'homme qui meurt
Est peut-être né
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Mardi 13 mai 2008 2 13 /05 /2008 13:29




Les jours s’abolissent - tas de fumier dans les décharges périphériques - que nous nommions nos vies :
Maintenant les corbeaux

Ainsi je n’ose plus de pensée solaire qu’à minuit passé dans mon pays d’ennui
J’arme la lumière de destins qui tempêtent   
Quand tout s’éteint
Je prends l’arme
Et chiale de pénombre bue
Quel malin

Sur les voies vaines déférées au parquet, je compte les pas qui me séparent du premier homme touchable
Et de l’âme collective
Parfois, je vais au théâtre voir deux êtres se parler de ce qu’il faudrait faire pour se parler
Je reviens en rampant dormir dans mon insoluble mue
Toujours le soleil de pleine nuit
Le courage de la main levée pour caresser la main couchée
Sans trêve je m’annule
Dans ma décharge d’interdits
Quel homme

J’habite ce matin frontalier de l’abyme
Quand la pluie mitraille l’avenue de Clichy
Et ses travelos plastiqués
Gamines paumées dans des gaillards
(Tu leurs ressembles)
Je cherche dans la poubelle sous l’évier les restes de mon visage
Ou bien mon nom
Les retrouverai-je ?

La question du jour n’a pas de sexe définitif
Les questions sont comme les anges
Qui nous gardent des réponses

Je ne risque plus ma main qu’au feu sans flamme de l’attente
Pourtant j’entends les gongs et les tonnerres
Sifflets, revolvers
Applaudissements
Cris :
Ça ne fait pas un volcan, ni une folie
Puisque nous sommes morts, sans plus d’histoire que les singes dans les laboratoires

J’aurais tant voulu me noyer en nous
Gratuitement
Par goût de l’absurde, pour l’ironie de mon sort
Puisque nul n’est complet, ni à compléter
J’aimerais tant m’oublier pour nous oublier
Que cela serve d’empreinte ou de profondeur
A un futur meilleur que cette farce
Il a plu terriblement
Tout est brouillé

Je suis ballant
Sans autre dieu que la course plate de nos ombres jointes et disjointes
Sans autre alternative
Que le refuge de deux mains qui savent
Passé minuit
Me joindre
Me disjoindre
(Ce sont ses mains à elle)

Et mes départs fuient sans moi vers des points que l’horizon sème trop loin de l’horizon
Et je ne prends plus de pari sur l’instant qu’à minuit passé
Quand les instants ressemblent à des cabarets fermés
Et je ne crois plus qu’à minuit passé

Le reste du temps
Je souris
À distance raisonnable du premier homme touchable
Et de l’âme filandreuse qui, invisiblement, réunit tous les êtres, ces êtres qui se parlent de ce qu’il faudrait faire pour se parler

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Jeudi 22 mai 2008 4 22 /05 /2008 21:55



Où qu’on soit dans les villes, on ne demeure pas, on n’habite pas, on n’a pas d’adresse, à vrai dire : on est invité. Toutes les villes sont portuaires et nous sommes toujours le marin de quelqu’un.

Au feu rouge, les enfants regardent en direction de la mer, même si c’est un mur.

Les villes sont utopiques, elles qui rassemblent les hommes aux intersections, elles qui réclament de vivre les uns si près des autres, elles qui nous lient, nous qui parlons souvent la langue des séparations ; les villes sont utopiques, donc elles n’existent pas ; les villes sont invisibles, puisque ce ne sont que des hommes, puisque ce n’est que l’autre.
Les villes racontent ça : l’autre et moi, l’autre au plus près de moi.

Quel âge donner à l’utopie ?

Dans les villes, il y a tous les livres ; de pierre, de papier, de bois, livres d’air qu’on respire. Tout parle, dans les villes, tout parle de l’autre, celui d’hier ; tout parle de moi, celui que j’ai été, que je suis, que je serai ; les villes parlent de celui que l’autre sera demain, sous mes yeux ; les villes parlent de chaque jour et de la nuit des temps.

Les enfants le savent, eux qui ne regardent pas seulement, mais guettent, épient, traquent, dévisagent.

Je me souviens : l’année dernière, passant par Times Square, à New York, je lisais sur un panneau digital qu’on recensait alors dans la ville 113 nationalités. Ainsi, dans les villes, il y a le monde entier ; c’est un tour de magie : faire tenir le monde à l’intérieur du chapeau, et nous y parvenons, nous qui ne sommes pas magiciens. C’est notre idée pour les villes, notre penchant collectif, désir à peine avoué, parfois nié, toujours revendiqué.

Au théâtre, les enfants apprennent à voir le monde au sein d’une assemblée ; et ils découvrent que la magie est un artisanat.

Dans les villes, il y a la foule et les solitudes qui écrivent cette langue du carrefour, à l’horizontale des flux, pour les grossir, à la verticale des murs, pour les passer ou les crever de fenêtres.

Les enfants doivent grandir ; pour avoir la force de détruire les murs ; parce que c’est lourd, une brique.

Tous les pays, toutes les langues, tous les visages, tous les ailleurs, les rêves, routes et déroutes ; tout commence et finit là, contre l’autre, en compagnie de l’autre, au milieu des pierres, des arbres et des livres, en pleine rue, à pleins poumons, au-delà des frontières. Peut-être les villes sont-elles les dernières à nous parler encore de notre histoire sans en faire une ritournelle ou un slogan, entre monuments et musées, théâtres, jardins et bistrots. Silencieusement. Secrètement. Au milieu du vacarme : les veinures du palimpseste. Et chaque jour, dans les villes, au plus près du réel, s’écrivent des millions d’histoires. Des milliards. Presque l’infini.

Je n’écris pas pour les enfants.
J’écris pour un enfant.
Un enfant, assis sur une pierre, adossé à un mur ou un arbre.
Un enfant qui siffle en regardant la forêt.
Cet enfant-là, qui repousse la peur.

Un enfant et un seul, comme une ville interminable.
Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /2008 14:04




Le jour crisse, alors la nuit -

Sous les pieds la flaque de gazole

Bientôt

Dans la poitrine un cœur

Traversé par l’essieu

De n’importe quel passant

Ce cœur avec lequel

Tu cherches une parole à tenir

Extra-muros

À n’importe quel prix

Ex nihilo

 

Tu écrases dans le cendrier d’une chambre occulte ta belle petite gueule de ritournelle merdique tu te froisses dans les draps de papier glacé n’embrases aucun firmament durable

 

Quatre mots à la codéine

Sans abcès notable

Une surface d’ode

Éclairée de l’intérieur

Mais c’est de la brume tombée du futur

Sur ces jours de carnaval

Où meurent les enfants qui naissent

 

Tu voudrais pour elle

Ouvrir l’angle de n’importe quel soir

Sous la navisphère

Une étoile parfaitement calculée

Une île régulière

Où peindre des cieux smalts

Tu aimerais lui rappeler, d’un murmure ou d’un geste

Toutes les données

De l’audace

Et les mensurations des dieux

Tu lui demanderais bien de t’accorder un slow

Un ciné

Une promenade le long du barrage, se souvient-elle, le lac artificiel, près de la frontière, il y a des années, on l’avait vu sous la neige

 


Tu pries de connaître avant l’oubli le courage qu’il faut au mort

Pour promettre au choéphore :

Repars, je n’ai besoin de rien

Tu écrases dans le cendrier d’une chambre occulte ta belle petite gueule de ritournelle merdique tu te froisses dans les draps de papier glacé n’embrases aucun firmament durable

 

Dix mille souhaits dans le coffre-fort et pas une clé alentour

 

Ta vie, la voilà, hirudine

Avec l’amour qui surnage

Dans la main du noyé

 

Toutes les chances ne meurent pas de porter les regrets

 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Mercredi 27 août 2008 3 27 /08 /2008 14:29

 

A Claude Lucas

 

 

Cette nuit

Le sommeil a soutenu mille thèses

A la frange des rêves

Tout était oral manqué

Dans les halls obscurs

Où je dors, vivant :

Victoire des muets qui n’ont à dire que leur silence

Et quelque cri de bête aveugle

 

Cette nuit

La réalité a noyé les récits qu’on a d’elle

Dans les langes

D’un dieu passe-partout

Avec les chiots inutiles

La clique des suicidés

Les enfants imprudents :

Fouets cassés du saule, au pied duquel j’allais penser à toi pleureuse

Sans autre dessein que cette pensée

Rendue à la vie sauvage

 

Cette nuit

La réalité n’est plus que ce fatras de fables, gonflées d’eau douce

Et je n’ai plus la force du bouche à bouche

Alors je guette

Derrière la gare Cornavin

Les adultes sous tutelle, singes errants dans des joggings sales, appuyés sur une béquille creuse ;

A leur passage

La mort sourit de toute sa patience

 

*****

 

Cette nuit

Celui qui avait perdu la voix était celui qu’on entendait le plus distinctement

Celui qui ne croyait plus était celui que Dieu reconnaissait

Celui qui prenait le monde à rebrousse-poil filait le meilleur coton

Je n’étais pas celui qui -

 

*****

 

Assis sous le saule hébété

Je recensais mes atteintes à la vie

Ce jour-là, je n’ai pas voulu vivre

Ce jour-là encore

Et ce jour-là aussi

 

Idiot…

 

Qu’ai-je gâché de nos oublis ?

 

(Ne réponds pas)

 

*****

 

Le Pont de la Coulouvrenière

Me mène toujours à toi

Je n’ai pas connu plus intègre pourriture

Ni promesse plus blanche

Que celle de tes regards, mourant dans la froidure

De mes silences

 

C’est que le monde est si bavard

Et j’ajoute à sa langue

La pendaison au nœud constant et lâche

De mon balbutiement

 

Pardonne le mouchoir

Qui n’éteint pas ma bouche

Il flotte en étendard sur cent villes à la fois

Ne fait que peu de bruit, au fond, tu vois

Nous saignons en buvards, en princes ou en manants

Nos poèmes bien rouges

Et ma viande au crochet

Du consentement

 

*****

 

Je n’ai ma place qu’à l’entrerail du fleuve

Au sexe transparent de l’eau

Je ne suis là qu’en partant

Dans la foule des gens secs

Hommes et femmes insituables

Sur la diagonale

Où ivre

Je m’engonce

Et quand on fait l’appel

Quand on prononce à voix claire

Le nom des présents

Je ne sais jamais lever le doigt

 

*****

 

Alors je m’efface

Rampe sous la nuit des disparus du bord du lac

Sous la nuit morte d’être sereinement ignorée

 

*****

 

Heureusement

Dans la rue de Malatrex

Il y a des voyous

Qui perdent leur temps

A mesure qu’ils vident leurs poches

De substances abstraites

Poudres bonnes à rendre les jours abstraits

Rendre les corps abstraits

La vie abstraite tout entière de son origine à son coma

Des voyous abstraits dans des rues abstraites qui me rendent la vie supportable

Ainsi disparue en elle-même

 

Dans la rue de Malatrex

Le long de la voie ferrée

Des voyous perdent leur temps

A mesure qu’ils vident mes poches

Et si tu te penches

Sans qu’on t’aperçoive – ni eux qui perdent leur temps, ni moi qui perds le mien -

Si tu te penches et si tu sais la discrétion du geste

Tu ramasseras quelques minutes

Encore utilisables

 

A qui les donneras-tu, demain, ces instants volés ?

 

(Ne réponds pas)

 

*****

Moi, qu’en ferai-je ?

Je les gâcherai, je crois

Je montrerai l’exemple du parfait gâchis

 

En attendant, sur le ciment des dormeurs

Je vomis la liberté sans vertige

Le béton chante une douleur

De montagne

 

*****

 

Pas d’espoir à coaguler

Rien qu’un visage aux os démis

A la fracture apparente

 

Te souviens-tu de moi, à l’instant où je me brise pour me briser ?

 

(Ne réponds pas)

 

*****

 

Sur le Boulevard de Saint-Georges

Ces hommes passent, ces femmes

Je suis comme eux, comme elles

Je dors, le flanc contre celui de mon extrême violence

 

*****

 

C’est ainsi, mon aimée

Le monde s’ennuie de nous

Mon aimée

Il s’ennuie

 

*****

 

Alors il nous efface

Et signe à la fin de nos géographies

 

*****

 

Tu peux toujours sourire

Au fond

Je n’espère pour ma vie aucune qualité

Et pour toi nul autre horizon

Que le dernier vertige

 

 

 

 

 

Fabrice Melquiot

 

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Samedi 11 octobre 2008 6 11 /10 /2008 20:00




Le monde court entre les arbres
De matin en matin
Se poursuivant lui-même
Comme le chasseur ou le gibier
Vont à la mort du même pas
Le monde est cette proie qui l'arme au poing
Se pleure dessus

Vois-tu ?

L'obscurité fausse le jeu
Du noir
En lui donnant d'autres noms

Je suis au terminus
Avec ma gueule
Choreute éteint de son plein gré
J'attends encore
De soir en soir
La vie sans armature
Fenêtre sans petits-bois
Ces instants de cristal brisé

Le monde passe comme un chevreuil ou son tueur

Je suis le gardien du phare de ta voiture
J'attends qu'il m'éclaire
Sur la beauté du cadavre
Et le prix de la course

 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /2008 22:44




La nuit tourne comme une carne en broche

Dans un feu sans remède

Elle espère les cendres plutôt que nos bouches

D’humains sans repos

La nuit passe comme un train vide

Vers des steppes intactes

Je marche silencieux dans son ventre de plâtre

Mes pas font trois mille morts à la surface du globe

Douze mille naissances

Tandis que j’époumone

Mon revenu

 

L’éternité dort sous la neige avec les Gens Illustres

Les furias sont pâles et calculables

Les ornières comblées

Nous feignons d’être éblouis, comme l’éblouissement feint d’être lumière

La rareté de la vie fait de nous des puceaux

Sans gloire

 

Au fond d’un bar sans client ni cachet

Je reprends de mémoire le visage de Lana

Son ouvrage réclame

Toute la précision du monde

Laine, aiguille, canevas

Pour trouver son regard

Impromptu que joue l’amour

Pour distraire l’attention du diable ou de Dieu

Ou corriger leurs erreurs

 

Lana qui part dans la nuit de Moscou, sa rose sur l’épaule comme un fusil chargé

Pas une étoile digeste à part ça

Les néons les néons les néons

Pas une fenêtre alentour pour vomir un piano

Pas une consolation

Pour mes petites mains de couturière

 

Alors je rentre dans le chant limé des clochardes

J’habille la chaise de mon manteau sale

Me couche dans ce champ d’orties où les rêves sont un prurit

Certaines heures sont bradées par l’oubli

 

Pourtant il faut bien que je mette un réveil

Il faut bien que je repasse ma chemise

Il faut bien que demain je remette mon cœur en vente

Dans des poèmes bidons sans clef ni serrure

Il faut bien que j’articule mon nom pour des bibliothécaires

Il faut bien que je retende la peau de mon sourire

Il faut bien que je dispose de toutes mes facultés

Que je remonte la mécanique de l’homoncule

Pour disparaître

A vue


Moscou, 1er décembre 2008

 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

Texte libre

L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
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