Depuis quelques années, il se consacre entièrement à l’écriture.
En 2008, il a reçu le Prix Théâtre de l'Académie Française pour l'ensemble de son oeuvre.
Depuis quelques années, il se consacre entièrement à l’écriture.
En 2008, il a reçu le Prix Théâtre de l'Académie Française pour l'ensemble de son oeuvre.
Le jour crisse, alors la nuit -
Sous les pieds la flaque de gazole
Bientôt
Dans la poitrine un cœur
Traversé par l’essieu
De n’importe quel passant
Ce cœur avec lequel
Tu cherches une parole à tenir
Extra-muros
À n’importe quel prix
Ex nihilo
Tu écrases dans le cendrier d’une chambre occulte ta belle petite gueule de ritournelle merdique tu te froisses dans les draps de papier glacé n’embrases aucun firmament durable
Quatre mots à la codéine
Sans abcès notable
Une surface d’ode
Éclairée de l’intérieur
Mais c’est de la brume tombée du futur
Sur ces jours de carnaval
Où meurent les enfants qui naissent
Tu voudrais pour elle
Ouvrir l’angle de n’importe quel soir
Sous la navisphère
Une étoile parfaitement calculée
Une île régulière
Où peindre des cieux smalts
Tu aimerais lui rappeler, d’un murmure ou d’un geste
Toutes les données
De l’audace
Et les mensurations des dieux
Tu lui demanderais bien de t’accorder un slow
Un ciné
Une promenade le long du barrage, se souvient-elle, le lac artificiel, près de la frontière, il y a des années, on l’avait vu sous la neige
Tu pries de connaître avant l’oubli le courage qu’il faut au mort
Pour promettre au choéphore :
Repars, je n’ai besoin de rien
Tu écrases dans le cendrier d’une chambre occulte ta belle petite gueule de ritournelle merdique tu te froisses dans les draps de papier glacé n’embrases aucun firmament durable
Dix mille souhaits dans le coffre-fort et pas une clé alentour
Ta vie, la voilà, hirudine
Avec l’amour qui surnage
Dans la main du noyé
Toutes les chances ne meurent pas de porter les regrets
A Claude Lucas
Cette nuit
Le sommeil a soutenu mille thèses
A la frange des rêves
Tout était oral manqué
Dans les halls obscurs
Où je dors, vivant :
Victoire des muets qui n’ont à dire que leur silence
Et quelque cri de bête aveugle
Cette nuit
La réalité a noyé les récits qu’on a d’elle
Dans les langes
D’un dieu passe-partout
Avec les chiots inutiles
La clique des suicidés
Les enfants imprudents :
Fouets cassés du saule, au pied duquel j’allais penser à toi pleureuse
Sans autre dessein que cette pensée
Rendue à la vie sauvage
Cette nuit
La réalité n’est plus que ce fatras de fables, gonflées d’eau douce
Et je n’ai plus la force du bouche à bouche
Alors je guette
Derrière la gare Cornavin
Les adultes sous tutelle, singes errants dans des joggings sales, appuyés sur une béquille creuse ;
A leur passage
La mort sourit de toute sa patience
*****
Cette nuit
Celui qui avait perdu la voix était celui qu’on entendait le plus distinctement
Celui qui ne croyait plus était celui que Dieu reconnaissait
Celui qui prenait le monde à rebrousse-poil filait le meilleur coton
Je n’étais pas celui qui -
*****
Assis sous le saule hébété
Je recensais mes atteintes à la vie
Ce jour-là, je n’ai pas voulu vivre
Ce jour-là encore
Et ce jour-là aussi
Idiot…
Qu’ai-je gâché de nos oublis ?
(Ne réponds pas)
*****
Le Pont de la Coulouvrenière
Me mène toujours à toi
Je n’ai pas connu plus intègre pourriture
Ni promesse plus blanche
Que celle de tes regards, mourant dans la froidure
De mes silences
C’est que le monde est si bavard
Et j’ajoute à sa langue
La pendaison au nœud constant et lâche
De mon balbutiement
Pardonne le mouchoir
Qui n’éteint pas ma bouche
Il flotte en étendard sur cent villes à la fois
Ne fait que peu de bruit, au fond, tu vois
Nous saignons en buvards, en princes ou en manants
Nos poèmes bien rouges
Et ma viande au crochet
Du consentement
*****
Je n’ai ma place qu’à l’entrerail du fleuve
Au sexe transparent de l’eau
Je ne suis là qu’en partant
Dans la foule des gens secs
Hommes et femmes insituables
Sur la diagonale
Où ivre
Je m’engonce
Et quand on fait l’appel
Quand on prononce à voix claire
Le nom des présents
Je ne sais jamais lever le doigt
*****
Alors je m’efface
Rampe sous la nuit des disparus du bord du lac
Sous la nuit morte d’être sereinement ignorée
*****
Heureusement
Dans la rue de Malatrex
Il y a des voyous
Qui perdent leur temps
A mesure qu’ils vident leurs poches
De substances abstraites
Poudres bonnes à rendre les jours abstraits
Rendre les corps abstraits
La vie abstraite tout entière de son origine à son coma
Des voyous abstraits dans des rues abstraites qui me rendent la vie supportable
Ainsi disparue en elle-même
Dans la rue de Malatrex
Le long de la voie ferrée
Des voyous perdent leur temps
A mesure qu’ils vident mes poches
Et si tu te penches
Sans qu’on t’aperçoive – ni eux qui perdent leur temps, ni moi qui perds le mien -
Si tu te penches et si tu sais la discrétion du geste
Tu ramasseras quelques minutes
Encore utilisables
A qui les donneras-tu, demain, ces instants volés ?
(Ne réponds pas)
*****
Moi, qu’en ferai-je ?
Je les gâcherai, je crois
Je montrerai l’exemple du parfait gâchis
En attendant, sur le ciment des dormeurs
Je vomis la liberté sans vertige
Le béton chante une douleur
De montagne
*****
Pas d’espoir à coaguler
Rien qu’un visage aux os démis
A la fracture apparente
Te souviens-tu de moi, à l’instant où je me brise pour me briser ?
(Ne réponds pas)
*****
Sur le Boulevard de Saint-Georges
Ces hommes passent, ces femmes
Je suis comme eux, comme elles
Je dors, le flanc contre celui de mon extrême violence
*****
C’est ainsi, mon aimée
Le monde s’ennuie de nous
Mon aimée
Il s’ennuie
*****
Alors il nous efface
Et signe à la fin de nos géographies
*****
Tu peux toujours sourire
Au fond
Je n’espère pour ma vie aucune qualité
Et pour toi nul autre horizon
Que le dernier vertige
Fabrice Melquiot
Vois-tu ?
L'obscurité fausse le jeu
Du noir
En lui donnant d'autres noms
Je suis au terminus
Avec ma gueule
Choreute éteint de son plein gré
J'attends encore
De soir en soir
La vie sans armature
Fenêtre sans petits-bois
Ces instants de cristal brisé
Le monde passe comme un chevreuil ou son tueur
Je suis le gardien du phare de ta voiture
J'attends qu'il m'éclaire
Sur la beauté du cadavre
Et le prix de la course
La nuit tourne comme une carne en broche
Dans un feu sans remède
Elle espère les cendres plutôt que nos bouches
D’humains sans repos
La nuit passe comme un train vide
Vers des steppes intactes
Je marche silencieux dans son ventre de plâtre
Mes pas font trois mille morts à la surface du globe
Douze mille naissances
Tandis que j’époumone
Mon revenu
L’éternité dort sous la neige avec les Gens Illustres
Les furias sont pâles et calculables
Les ornières comblées
Nous feignons d’être éblouis, comme l’éblouissement feint d’être lumière
La rareté de la vie fait de nous des puceaux
Sans gloire
Au fond d’un bar sans client ni cachet
Je reprends de mémoire le visage de Lana
Son ouvrage réclame
Toute la précision du monde
Laine, aiguille, canevas
Pour trouver son regard
Impromptu que joue l’amour
Pour distraire l’attention du diable ou de Dieu
Ou corriger leurs erreurs
Lana qui part dans la nuit de Moscou, sa rose sur l’épaule comme un fusil chargé
Pas une étoile digeste à part ça
Les néons les néons les néons
Pas une fenêtre alentour pour vomir un piano
Pas une consolation
Pour mes petites mains de couturière
Alors je rentre dans le chant limé des clochardes
J’habille la chaise de mon manteau sale
Me couche dans ce champ d’orties où les rêves sont un prurit
Certaines heures sont bradées par l’oubli
Pourtant il faut bien que je mette un réveil
Il faut bien que je repasse ma chemise
Il faut bien que demain je remette mon cœur en vente
Dans des poèmes bidons sans clef ni serrure
Il faut bien que j’articule mon nom pour des bibliothécaires
Il faut bien que je retende la peau de mon sourire
Il faut bien que je dispose de toutes mes facultés
Que je remonte la mécanique de l’homoncule
Pour disparaître
A vue
Moscou, 1er décembre 2008
Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.
A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.
Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.
Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :
un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :
nous nous sommes un peu élévés du sol,
nous avons un peu volé.
Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"
Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.
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