Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 18:10

Les taxis-brousse cahotaient vers Dakar, nocturnes envolées sur le bitume

De l’autre côté de la route, le sommeil des glacières et des cormorans

Des gamines passaient, figures de proue sans vaisseau à charrier

Le téléphone public entassait les voix

Toutes les castagnes étaient rangées

Martin portait sa chéchia de dentelle noircie de crasse

Ibou préparait le thé dans une casserole de fer blanc, martelée comme l’était son cœur

Diakhaté rinçait les tasses dans une bassine sans eau

De l’autre côté du monde

Accroupis nous lancions nos blagues dans les scorpions

Nos rires éclataient, puis ils mouraient, pleins d'aiguillons

Nous buvions à nos santés inégales

J’aurais pissé dans cent mille violons pour inventer une musique très personnelle

 

 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
Ecrire un commentaire - Voir les 8 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Commentaires

je lis ....et relis pour m'imprégner de cet ailleurs ...
j'aime ...
sophie (des grigris)
Commentaire n°1 posté par sophie le 20/11/2009 à 07h55
'Menuiserie à coeur ouvert'...
Merci mon cop.

Commentaire n°2 posté par Biskup le 20/11/2009 à 09h41
Ton tableau saigne nos âmes
Et nos coeurs d'esclaves ploient sous tant de rires
Asséchés sur les rives noires telles des proies
Ah, ces sanglots de Senghor
Sur Ibou
Sur Martin
Sur nous les accroupis
Le monde dort comme la mort
Les serpents dansent pourtant

Où sont tes étoiles filantes ?
Commentaire n°3 posté par Dehbia le 20/11/2009 à 22h16

Je voudrais être de l'autre côté du monde
pour oublier le jardin du Luxembourg
je voudrais boire de l'eau bouillie dans du fer blanc
pour ne plus goûter au thé noir Café Rostand
Je voudrais m'accroupir sue la plage aux scorpions
pour effacer mes pas dans les tiens
je voudrais traverser le bitume fondu
pour que l'horizon enfin se dégage
et que tu me souries.

Commentaire n°4 posté par B le 20/11/2009 à 23h01

J’aime beaucoup ce que vous faites

Ne partez pas si loin

Je vous souris

Commentaire n°5 posté par Noi le 21/11/2009 à 16h53
Ce poème éclaire 
une journée sans diaph'
Où tout pousse
à se demander,
surtout, 
tu sais,
depuis 
le Poisson-Scorpion.
De quel monde, sommes-nous les insectes?

Merci
pour les Voyages.


 
 
Commentaire n°6 posté par G le 22/11/2009 à 21h54
Oui, certains rêvent du Nil, d'autres du café Ronsard. Où est le bonheur?
Commentaire n°7 posté par F le 23/11/2009 à 11h08
Ce poème transpire d'humanité...c'est ce qui en fait sa beauté!
Merci.
Commentaire n°8 posté par P le 23/11/2009 à 20h14

Calendrier

Mars 2010
L M M J V S D
1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31        
<< < > >>

Présentation

Recherche

Texte libre

Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

Texte libre

L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés