Les taxis-brousse cahotaient vers Dakar, nocturnes envolées sur le bitume
De l’autre côté de la route, le sommeil des glacières et des cormorans
Des gamines passaient, figures de proue sans vaisseau à charrier
Le téléphone public entassait les voix
Toutes les castagnes étaient rangées
Martin portait sa chéchia de dentelle noircie de crasse
Ibou préparait le thé dans une casserole de fer blanc, martelée comme l’était son cœur
Diakhaté rinçait les tasses dans une bassine sans eau
De l’autre côté du monde
Accroupis nous lancions nos blagues dans les scorpions
Nos rires éclataient, puis ils mouraient, pleins d'aiguillons
Nous buvions à nos santés inégales
J’aurais pissé dans cent mille violons pour inventer une musique très personnelle
Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.
A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.
Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.
Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :
un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :
nous nous sommes un peu élévés du sol,
nous avons un peu volé.
Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"
Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.
j'aime ...
sophie (des grigris)
Merci mon cop.
Et nos coeurs d'esclaves ploient sous tant de rires
Asséchés sur les rives noires telles des proies
Ah, ces sanglots de Senghor
Sur Ibou
Sur Martin
Sur nous les accroupis
Le monde dort comme la mort
Les serpents dansent pourtant
Où sont tes étoiles filantes ?
Je voudrais être de l'autre côté du monde
pour oublier le jardin du Luxembourg
je voudrais boire de l'eau bouillie dans du fer blanc
pour ne plus goûter au thé noir Café Rostand
Je voudrais m'accroupir sue la plage aux scorpions
pour effacer mes pas dans les tiens
je voudrais traverser le bitume fondu
pour que l'horizon enfin se dégage
et que tu me souries.
J’aime beaucoup ce que vous faites
Ne partez pas si loin
Je vous souris
une journée sans diaph'
Où tout pousse
à se demander,
surtout,
tu sais,
depuis
le Poisson-Scorpion.
De quel monde, sommes-nous les insectes?
Merci
pour les Voyages.
Merci.