Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 07:52

- Nous sommes deux comiques qui s’ignorent, assis sur des tombes inconnues. Deux joujoux ridicules, posés l’un à côté de l’autre, au bord du monde, jambes dans le vide. Deux ignorants, sûrs d’eux-mêmes.

 

- J’ai déjà disséqué dans les 3000 mouches.

 

- Kierkegaard : « Alors je reste là, livré à mes pensées, vieil homme aux cheveux gris, et m’explique à des images, l’une après l’autre, à voix basse, presque en murmurant ; et à côté de moi un enfant est assis, qui écoute mes paroles, bien qu’il sache depuis longtemps ce que j’ai à lui raconter. »

 

- Betty, as-tu vu ta vie ? En rêve, est-ce qu’elle t’est apparue ? Parce que tu ne peux saisir le tracé de ta vie - ta vie en tant que trajectoire réelle dans le monde réel - qu’à partir du moment où tu l’as vue en rêve. Si, enfant ou adolescent, tu ne vois pas ta vie en rêve, tu ne la vivras pas. Elle t’échappera. Dans ce temps faux de mon corps adolescent, j’attends ce rêve où je vais enfin voir ma vie. Mais dans ce rêve impatienté, ma vie paraît brisée, comme une vieille fable asphyxiée dans les bras de dieux morts, et j’attends, j’attends encore le vol de la chauve-souris.

 

- Je recompose trois faces uniformes de mon Rubik’s Cube. Fastoche.

 

- La SNCF, c’est le top. Tu vas aimer. Tu n’es pas obligé de rester à Modane. Tu passes le concours et tu t’installes à Chambéry. Réfléchis.

 

- J’ai peur de la lumière.

 

- Où es-tu, Betty ? Finalement, tu vois, je n’étais pas le Christ.

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

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L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
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