Mais dans les tendons de ma nuque, je reconnais les jonques
De la joie
Bordées de lampions vifs
Elles tracent un sillon de nacre et résistent au bouillon
De petites embarcations qui se teintent de pourpre
Et mettent à mes joues
L’enfance à la mode
L’éclairage de mes veines balise la marche des soirs
Et des matins
Et je vais
Je vais bien
Je vais très bien
Des barques me descendent, me remontent, des barques me traversent
Chargées de marchandises
Existentielles
Hier encore, les gars du port
Gueulaient leur santé
Dans une artère mal famée
Ils trinquaient à la mort des voyages !
Tout un peuple m’irrigue
Vêtu de rêves si réels qu’ils effraient
Coiffé de casquettes à visière et de ventres et de brins d’herbes
Gorgé d’enzymes tendres et de rires et de foudres
Et je vois
Je vois loin
Je vois très loin
Derrière les arbres
Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.
A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.
Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.
Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :
un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :
nous nous sommes un peu élévés du sol,
nous avons un peu volé.
Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"
Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.
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