Dans les roches carbonées, aux veines noires, sang tari
L’arpenteur pose sa tête
Et elle bleuit
Est-ce toi que le soir déguise en prose au crayon de couleur ?
Petit poème du crassier
Où monte la vigie
Pour parler bas
De qui meurt
Mon visage n’est plus présentable qu’à la lumière des souterrains
Viens voir
La nuit m’offrir son sein unique sous le corsage opaque
Nous avons failli, toi et moi, faire un avion de quatre bras
Un voyage à dix balles sur l’Île des Aléas
Avec chapeau de paille, aspirations, vitraux pour notre église
Et puis
Le soir
Un soir qu’on appelle le soir
Un caillou, du verre brisé, le souffle court
Et puis
Nous avons relancé les dés
La Roue des Temps Composés
Dans la tombola du dimanche
Nous avons relancé
Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.
A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.
Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.
Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :
un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :
nous nous sommes un peu élévés du sol,
nous avons un peu volé.
Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"
Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.
Qui faut-il accuser,
Le chasseur ou le fusil ?
Le permis que l'on a délivré, dit l'un.
Et puis tout cela est si tranparent, on sait.
On sait l'océan, on sait la mer, on sait le vent.
On sait l'argent, on sait, on sait, on sait.
On faillit, un peu, toujours, beaucoup.
On rage.
On sait la roue inexorable...
Un jour elle arrive subrepticement, avec ses galoches, ses sabots, ses mules, parfois même en tongues,
Le visage immuable, elle arrive, creusant les plaies, bleuissant les peaux, enfouissant les corps de cet homme, de cette femme, de cet enfant nommé chance sur l'Île Brisée des sans retour.
Sans musique, ni danse, ni remords...
Le poète dit le fond, l'amoncellement des nuits,
Le poète dépose, nettoie, pleure, se noie pour parler
De qui meurt comme on se mouche sur un cheval foubu.
Le poète couche son crayon dans le soir endeuillé des îles lointaines, si proches pourtant ;
Il déguise les veines des mots, retient les verbes d'action, ne tait pas son émotion.
Il cogne, barbouille, débarbouille, taille, dessine, écrit...
Il voyage à mille bras, semant ses lettres aux survivants
Comme on compose un requiem.
Verdi, Mozart ou Baya, tous ont tiré la Tombola,
Un jour, ou peut-être une nuit...
DD
Orfeo
À la courte paille des silences j'ai tiré ton nom sous le vent et ton frère m'a portée jusqu'à tes rivages irradiés, tes cimes marquises, tes colosses couchés, tes vieillards échevelés.
Ce rêve de hasard m'a offert un tombeau, là entre deux rochers.
Pas de marbre, de fleurs, juste la caresse des eaux sans pleurs. Pour que mes cheveux sans voix, mes yeux sans visage tissent des nasses aux aventureux.
Ne te retourne pas.
En moi, la femme aux veines noires, il a fait naître du rouge derrière mes paupières
De mon crasseux chapeau de paille, il a libéré des mèches opaques
De la lourdeur décomposée de mes pas sur la quai, il a fait tourner la Roue et relancé l'espoir.
Quand les roches s'offrent au rire et au désir,
Les coeurs derviches dansent le moon walk,
L'Orient baise l'Occident dans un souffle,
Lente brûlure d'impatience.
Entre Elle et Lui,
Les conversations empalent les chapeaux de paille
Désorientés dans la clarté des souterrains.
Et le sang dans les veines noires comme une giclée,
Shakespearienne.
L'Espoir luit au temple des amours naissantes,
Poème voilant les seins sur les Îles Bien à Eux...