Jeudi 21 mai 2009 4 21 /05 /2009 22:12



A l’heure chienne

On est sans descendance

Dans une ville étrangère

Sans destination

Ni patronyme

Le pouls sanglé

A des vents sinueux

Et des artères malsaines

La ruine d’existences en ruines

On passe le chiffon

Sur une arche de souvenirs falots

 

*****

 

Rien ne brille que ce qui brille pour rien

 

*****

 

On est au bar l’invisible manivelle

D’un orgue à vendre

Et on pleure de rire

Comme le fou dans sa cage d’esprits

S’en remet toujours à lui-même

Pour sortir

Victorieux de l’espoir

 

*****

 

Rien à convoiter

Sinon ce que l’autre a su perdre avant soi

 

*****

 

Son corps d’animal dans son corps d’homme

On avance à pas de fourmi

Recule à pas de loup

Dans la mélancolie

C’est ici

Tout l’amour qu’on porte à ses chagrins

Ces peines sans origine

Qui font retentir

L’éclat d’écrire

 

*****

 

Rien n’est à soi que ce revolver sur la tempe d’une fête

 

*****

 

C’est l’heure où s’éteignent les voyages

Dans l’art brut des chemins

Les pèlerins s’annulent

Au fur de l’appel

Leur nom blanchit sous d’autres noms

Et les balises pleurent nos détresses

Un mauvais lit ne tient que de mauvaises promesses

 

*****

 

C’est l’heure où les hommes

Prennent aux chiens leurs tiques

Et se grattent le derme pour trouver

La peau de l’autre sous sa peau à soi

Ils se reniflent le cul

Dans des vies de copistes

Qui s’annulent en se reprenant

Et celui qui marche est piétiné

 

*****

 

A l’heure chienne

Cent cloches tremblent sur le trottoir de l’Avenida Pedro Montt

On salue les mourants qui repeignent

La devanture des aventures

En chantant faux

 

*****

 

Ils vendent un sparadrap des sucettes ou leurs parents

Prient le ciel de leur accorder trois épis de maïs

Et une chaude-pisse de leur lâcher le frein

Leur corps ment comme la verrière d’une gare

Qui signale une arrivée

Quand le train va partir

 

*****

 

Je te cherche

A l’heure chienne

Dans des rues peuplées de vieux garçons

En pulls jacquards

 

*****

 

Je suis une imitation qu’on imite

Un article bon marché

Qui prend la poussière

Sur l’étal des chiens et des humains

 

*****

 

Maintenant, l’Amérique est au sud

 

*****

 

Je t’ai trouvée

A l’heure où les morts font silence

Respectueux de notre attente

 

*****

 

Tu es cassable, mademoiselle

 

*****

 

Maintenant, le soleil n’a plus de joue

A te tendre

 

*****

 

Brûle sans lui

 

*****

 

Je prends des gants pour te demander ton prénom

Ma question prend ton histoire

A pleines mains

 

*****

 

Noah

Noah J. Terlow

Sur ton passeport tâché d’encres

Autoritaires

 

*****

 

Et quand tu lèves les yeux

Je salue les esclaves
 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Commentaires

 

Les yeux sont esclaves

dès qu'ils aiment leurs maîtres

les chants eux s'émancipent

à leur heure

 

Negro spirituals

sous les banians

Commentaire n°1 posté par l le 25/05/2009 à 15h35
fabrice
si tu le désires, communique moi une adresse physique que je t'adresse pour toi et ton collectif d'écrivains le dezopilant n°2, cette drôle de feuille de poésie qui est sortie entre les lignes de Stalingrad
Commentaire n°2 posté par didier le 20/06/2009 à 10h04
Fabrice Melquiot
72, rue du Fréjus
73500 Modane 
Réponse de Fabrice Melquiot le 02/07/2009 à 00h47
Joueur l'anneau se meut d'un doigt à l'autre
A l'instant de mon abîme.
(Que disent ces doigts
  crucifiés quand ils se voient
  sur cette falaise -encore timorés
  pour leur assouvissement)
Sur la fleur-palympseste il se pose, il insiste
De sorte que cette héraldique
Une seule et belle chose indique.
Plus rien ne compte tout autour
Visages, discours ou détours
        There is always another story
        There is more than meets the eye
Ainsi dompté je pose ma tête sur ce bras fidèle
Que le Temps ne joue pas comme il veut sur sa vielle.

Commentaire n°3 posté par M-thilde le 03/07/2009 à 11h39

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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

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L’office de la parole,
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Est que le monde puisse dire le monde,
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