Samedi 25 avril 2009 6 25 /04 /2009 15:17




Paso de Jama

La Lumière cherchait sa mère dans l’altiplano

Là-bas, les volcans tournaient

Comme des berceuses

Je les entendais s’éclaircir la voix

 

Les douaniers buvaient du thé de coca

En prenant le Temps pour un de leurs nombreux fils

Plus loin, je plaignais les cactus

Potences pour les spectres andins

Bouquets de doigts se défendant des morts

Tous ces fantômes

Dans les pentes

 

Et tout à l’heure

La vieille indienne mâchait sa coiffe

Son berger allemand n’était pas son berger

A peine un ami

Elle marchait au milieu de la route, fagot de bois sur le dos

Le chien planait sur les prières

Qu’elle chantait à tue-tête

 

L’autocar a klaxonné deux fois

Elle n’a pas pressé le pas

Ne s’est pas écartée

Son chien non plus

 

L’autocar a klaxonné une troisième fois

Elle n’a pas pressé le pas

Ne s’est pas écartée

Son chien non plus

 

L’autocar a ralenti

Ralenti

Ralenti

Puis il est mort

Comme ça

Et tous ses passagers

Dont j’étais

Tous morts

De rouille foudroyante

 

La vieille indienne a éclaté de rire

Son chien non plus

 

Miracle du ciel qui cherche ses parents sur terre

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

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L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
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