Paso de Jama
La Lumière cherchait sa mère dans l’altiplano
Là-bas, les volcans tournaient
Comme des berceuses
Je les entendais s’éclaircir la voix
Les douaniers buvaient du thé de coca
En prenant le Temps pour un de leurs nombreux fils
Plus loin, je plaignais les cactus
Potences pour les spectres andins
Bouquets de doigts se défendant des morts
Tous ces fantômes
Dans les pentes
Et tout à l’heure
La vieille indienne mâchait sa coiffe
Son berger allemand n’était pas son berger
A peine un ami
Elle marchait au milieu de la route, fagot de bois sur le dos
Le chien planait sur les prières
Qu’elle chantait à tue-tête
L’autocar a klaxonné deux fois
Elle n’a pas pressé le pas
Ne s’est pas écartée
Son chien non plus
L’autocar a klaxonné une troisième fois
Elle n’a pas pressé le pas
Ne s’est pas écartée
Son chien non plus
L’autocar a ralenti
Ralenti
Ralenti
Puis il est mort
Comme ça
Et tous ses passagers
Dont j’étais
Tous morts
De rouille foudroyante
La vieille indienne a éclaté de rire
Son chien non plus
Miracle du ciel qui cherche ses parents sur terre
Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.
A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.
Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.
Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :
un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :
nous nous sommes un peu élévés du sol,
nous avons un peu volé.
Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"
Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.
Un peu de patience, je croiserai peu être cette "vieille indienne"... si je ne "m'égare" pas.
J'aime la générosité de ton écriture...
Nous avons en commun "la plus belle ville du monde" !
Magali V.
On rouille ou on brûle.
Et la vie disparait.
Elle derrière et nous devant
Nous derrière et elle devant
Ensemble rarement.
Bravo aux fantômes magnifiques que la rouille transfigure ! Ils sont la voix et le défi de nos blessures. Ils sont nos volcans.
Merci F.
Un vent court dans les rues un vent court
Les femmes murmurent tout bas
Se maquillent se vêtissent
Car Johnny arrive en ville.
L’une veut briguer la place de l’épouse
L’autre prépare son lit de fiançailles
Les mômes s’en moquent il faut dire
Fatima quand à elle pleure se déchire
Car Johnny arrive en ville.
Elles voudraient toutes l’ériger en statue
Toutes les nuits cueillir sa sève à genoux
Ainsi serait-il on présume
Leur chant leur midi leur parole leur minuit
Car Johnny arrive en ville.
Les hommes coude à coude au bistro anathématisent
Qui est ce colosse ce voleur d’épouses
Ce charmeur de jeunes filles cet émir
Excédés courroucés ils maudissent
Car Johnny arrive en ville.
Ils lèvent un bûcher poings fermés se raidissent
Nous n’allons pas consentir à un tel maléfice
Rompre nos chaînes, bafouer l’édifice
Ils lèvent un bûcher ils le lèvent
Car Johnny arrive en ville.
Mais hélas il n’y a pas d’extase qui résiste
Les femmes se muent en pleureuses
Les hommes à nouveau s’accoudent au bistro
Dites aux femmes la vérité sur l’amour s’il vous plaît dites
Johnny n’arrive plus en ville.