Samedi 25 avril 2009 6 25 /04 /2009 15:17




Paso de Jama

La Lumière cherchait sa mère dans l’altiplano

Là-bas, les volcans tournaient

Comme des berceuses

Je les entendais s’éclaircir la voix

 

Les douaniers buvaient du thé de coca

En prenant le Temps pour un de leurs nombreux fils

Plus loin, je plaignais les cactus

Potences pour les spectres andins

Bouquets de doigts se défendant des morts

Tous ces fantômes

Dans les pentes

 

Et tout à l’heure

La vieille indienne mâchait sa coiffe

Son berger allemand n’était pas son berger

A peine un ami

Elle marchait au milieu de la route, fagot de bois sur le dos

Le chien planait sur les prières

Qu’elle chantait à tue-tête

 

L’autocar a klaxonné deux fois

Elle n’a pas pressé le pas

Ne s’est pas écartée

Son chien non plus

 

L’autocar a klaxonné une troisième fois

Elle n’a pas pressé le pas

Ne s’est pas écartée

Son chien non plus

 

L’autocar a ralenti

Ralenti

Ralenti

Puis il est mort

Comme ça

Et tous ses passagers

Dont j’étais

Tous morts

De rouille foudroyante

 

La vieille indienne a éclaté de rire

Son chien non plus

 

Miracle du ciel qui cherche ses parents sur terre

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Commentaires

L'Altiplano... Je ferme les yeux, j'y suis... ce que je crois !
Un peu de patience, je croiserai peu être cette "vieille indienne"... si je ne "m'égare" pas.
J'aime la générosité de ton écriture...
Nous avons en commun "la plus belle ville du monde" !
Magali V.
Commentaire n°1 posté par Magali V. le 25/04/2009 à 17h56
Oxydant ou comburant : à doses d'oxygène, on vit et on meurt.
On rouille ou on brûle.
Et la vie disparait.

Elle derrière et nous devant
Nous derrière et elle devant
Ensemble rarement.
Commentaire n°2 posté par Chloé le 04/05/2009 à 13h27
La mort bûcheronne nous taraude et nous vrille quand elle ne nous fait pas éclater de rire...
Bravo aux fantômes magnifiques que la rouille transfigure ! Ils sont la voix et le défi de nos blessures. Ils sont nos volcans.
Merci F.
Commentaire n°3 posté par i le 05/05/2009 à 05h40

Quel  est ce bruit, cette rumeur sous les fenêtres

Un vent court dans les rues  un vent court

Les femmes murmurent tout bas

Se maquillent se vêtissent  

                Car Johnny arrive en ville.

 

L’une veut briguer la place de l’épouse

L’autre  prépare son lit de fiançailles

Les mômes s’en moquent il faut dire

Fatima quand à elle pleure se déchire

                Car Johnny arrive en ville.

 

Elles voudraient toutes l’ériger en statue

Toutes les nuits cueillir sa sève à genoux

Ainsi serait-il on présume

Leur chant leur midi leur parole leur minuit

                Car Johnny arrive en ville.

 

Les hommes coude à coude au bistro anathématisent

Qui est ce colosse ce voleur d’épouses

Ce charmeur de jeunes filles cet émir

Excédés courroucés ils maudissent

Car Johnny arrive en ville.

 

Ils lèvent un bûcher poings fermés se raidissent

Nous n’allons pas consentir à un tel maléfice

Rompre nos chaînes, bafouer l’édifice

Ils lèvent un bûcher ils le lèvent

Car Johnny arrive en ville.

 

Mais hélas il n’y a pas d’extase qui résiste

Les femmes se muent en pleureuses

Les hommes  à nouveau s’accoudent au bistro

Dites aux femmes la vérité sur l’amour s’il vous plaît dites

                Johnny n’arrive plus en ville.

 

 

Commentaire n°4 posté par Anne le 05/07/2009 à 12h17

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A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

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