Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /2008 22:44




La nuit tourne comme une carne en broche

Dans un feu sans remède

Elle espère les cendres plutôt que nos bouches

D’humains sans repos

La nuit passe comme un train vide

Vers des steppes intactes

Je marche silencieux dans son ventre de plâtre

Mes pas font trois mille morts à la surface du globe

Douze mille naissances

Tandis que j’époumone

Mon revenu

 

L’éternité dort sous la neige avec les Gens Illustres

Les furias sont pâles et calculables

Les ornières comblées

Nous feignons d’être éblouis, comme l’éblouissement feint d’être lumière

La rareté de la vie fait de nous des puceaux

Sans gloire

 

Au fond d’un bar sans client ni cachet

Je reprends de mémoire le visage de Lana

Son ouvrage réclame

Toute la précision du monde

Laine, aiguille, canevas

Pour trouver son regard

Impromptu que joue l’amour

Pour distraire l’attention du diable ou de Dieu

Ou corriger leurs erreurs

 

Lana qui part dans la nuit de Moscou, sa rose sur l’épaule comme un fusil chargé

Pas une étoile digeste à part ça

Les néons les néons les néons

Pas une fenêtre alentour pour vomir un piano

Pas une consolation

Pour mes petites mains de couturière

 

Alors je rentre dans le chant limé des clochardes

J’habille la chaise de mon manteau sale

Me couche dans ce champ d’orties où les rêves sont un prurit

Certaines heures sont bradées par l’oubli

 

Pourtant il faut bien que je mette un réveil

Il faut bien que je repasse ma chemise

Il faut bien que demain je remette mon cœur en vente

Dans des poèmes bidons sans clef ni serrure

Il faut bien que j’articule mon nom pour des bibliothécaires

Il faut bien que je retende la peau de mon sourire

Il faut bien que je dispose de toutes mes facultés

Que je remonte la mécanique de l’homoncule

Pour disparaître

A vue


Moscou, 1er décembre 2008

 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Commentaires

Commencer la journée par un poéme de Fabrice ...Un rêve que j'aimerais quotidien......

Sophie (des grigris)

Commentaire n°1 posté par sophie le 02/12/2008 à 08h06
Cette nuit-là, claire et glacée
Sans nuages bas ni obstacles
Elle a décidé de rester éveillé.

Une nuit sans sommeil
Prête à ressentir chaque heure
Minute et quart du passage de la nuit.

Alphaville hôtel.
Mari Assaï contemple le bout peint de ses ongles de pieds
Néons rouges sur la pénombre.

Depuis son atmosphère atomisée
Elle veux s'imaginer marcher
Seule, le front contre la nuit.

Elle ne sourit plus,
Pense au poète, globe-trotteur, frère dans cette nuit.
Ses mots à lui, dans le silence de minuit.

Combien sont-elles à vouloir être,
Le tu de vos poèmes.
Filles au col mal serré, beautés au sein coupé.

Dans la chaleur du matin gris,
Elle entend l'appel de sa propre vie
Dirige vers l'Autre, une onde, un son tendu.

Elle se souvient de cette phrase fatale
Entendue
Il est impossible d'entrer deux fois dans une même vie. 
Commentaire n°2 posté par Guenaelle le 02/12/2008 à 23h53
Biencher
Un petit bonjour de Guadeloupe ou je donne un stage.
Bien à toi
Un bouli
BastienC:.
Commentaire n°3 posté par Bastien Crinon le 03/12/2008 à 01h10
Il y a longtemps que je ne suis venue par ici...

Oui. Tu "craches" des mots. Beaucoup de mots. Et tu le fais bien.
Je les vois et les regarde avec autant de gourmandise que de douceur il y a dans le sourire qu'ils provoquent.

Nous devons tous avoir un cracheur dans notre vie, pour une pause pleine d'amitié.
Commentaire n°4 posté par Lucilina le 06/12/2008 à 00h38
C'est vrai qu'ils sont un peu bidons tes poèmes. J'aime. 
Commentaire n°5 posté par Lucille le 10/12/2008 à 10h54

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un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

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Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

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