Samedi 7 juin 2008 6 07 /06 /2008 14:04




Le jour crisse, alors la nuit -

Sous les pieds la flaque de gazole

Bientôt

Dans la poitrine un cœur

Traversé par l’essieu

De n’importe quel passant

Ce cœur avec lequel

Tu cherches une parole à tenir

Extra-muros

À n’importe quel prix

Ex nihilo

 

Tu écrases dans le cendrier d’une chambre occulte ta belle petite gueule de ritournelle merdique tu te froisses dans les draps de papier glacé n’embrases aucun firmament durable

 

Quatre mots à la codéine

Sans abcès notable

Une surface d’ode

Éclairée de l’intérieur

Mais c’est de la brume tombée du futur

Sur ces jours de carnaval

Où meurent les enfants qui naissent

 

Tu voudrais pour elle

Ouvrir l’angle de n’importe quel soir

Sous la navisphère

Une étoile parfaitement calculée

Une île régulière

Où peindre des cieux smalts

Tu aimerais lui rappeler, d’un murmure ou d’un geste

Toutes les données

De l’audace

Et les mensurations des dieux

Tu lui demanderais bien de t’accorder un slow

Un ciné

Une promenade le long du barrage, se souvient-elle, le lac artificiel, près de la frontière, il y a des années, on l’avait vu sous la neige

 


Tu pries de connaître avant l’oubli le courage qu’il faut au mort

Pour promettre au choéphore :

Repars, je n’ai besoin de rien

Tu écrases dans le cendrier d’une chambre occulte ta belle petite gueule de ritournelle merdique tu te froisses dans les draps de papier glacé n’embrases aucun firmament durable

 

Dix mille souhaits dans le coffre-fort et pas une clé alentour

 

Ta vie, la voilà, hirudine

Avec l’amour qui surnage

Dans la main du noyé

 

Toutes les chances ne meurent pas de porter les regrets

 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

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L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
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