Mardi 13 mai 2008
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Les jours s’abolissent - tas de fumier dans les décharges périphériques - que nous nommions
nos vies :
Maintenant les corbeaux
Ainsi je n’ose plus de pensée solaire qu’à minuit passé dans mon pays d’ennui
J’arme la lumière de destins qui tempêtent
Quand tout s’éteint
Je prends l’arme
Et chiale de
pénombre bue
Quel malin
Sur les voies vaines déférées au parquet, je compte les pas qui me séparent du premier homme
touchable
Et de l’âme collective
Parfois, je vais au théâtre voir deux êtres se parler de ce qu’il faudrait faire pour se
parler
Je reviens en rampant dormir dans mon insoluble
mue
Toujours le soleil de pleine nuit
Le courage de la main levée pour caresser la main couchée
Sans trêve je m’annule
Dans ma décharge d’interdits
Quel homme
J’habite ce matin frontalier de l’abyme
Quand la pluie mitraille l’avenue de Clichy
Et ses travelos plastiqués
Gamines paumées dans des
gaillards
(Tu leurs ressembles)
Je cherche dans la poubelle sous l’évier les restes de mon visage
Ou bien mon nom
Les retrouverai-je ?
La question du jour n’a pas de sexe définitif
Les questions sont comme les anges
Qui nous gardent des réponses
Je ne risque plus ma main qu’au feu sans flamme de l’attente
Pourtant j’entends les gongs et les tonnerres
Sifflets, revolvers
Applaudissements
Cris :
Ça ne fait pas un volcan, ni une folie
Puisque nous sommes morts, sans plus d’histoire que les singes dans les laboratoires
J’aurais tant voulu me noyer en nous
Gratuitement
Par goût de
l’absurde, pour l’ironie de mon sort
Puisque nul n’est complet, ni à
compléter
J’aimerais tant m’oublier pour nous
oublier
Que cela serve d’empreinte ou de profondeur
A un futur meilleur que cette farce
Il a plu terriblement
Tout est brouillé
Je suis ballant
Sans autre dieu que la course plate de nos ombres jointes et disjointes
Sans autre alternative
Que le refuge de deux mains qui
savent
Passé minuit
Me joindre
Me
disjoindre
(Ce sont ses mains à elle)
Et mes départs fuient sans moi vers des points que l’horizon sème trop loin de l’horizon
Et je ne prends plus de pari sur l’instant qu’à minuit passé
Quand les instants ressemblent à des cabarets fermés
Et je ne crois plus qu’à minuit passé
Le reste du temps
Je souris
À distance raisonnable du premier homme
touchable
Et de l’âme filandreuse qui, invisiblement, réunit tous les êtres,
ces êtres qui se parlent de ce qu’il faudrait faire pour se parler
Par Fabrice Melquiot
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Publié dans : fabricemelquiot
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