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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

Lundi 24 mars 2008
Captives d’un geai noir et gris
Tarissent tes attentes blanchies du jour cassé de lueurs
Carne irradiée dans la plaine la mer et les labours
Un envol

Tu reprends les travaux d’attention sous les châles bigarrés de vermine sous l’auvent de nylon des échoppes derrière les portes de tôle
Parfois dans un sarong une échine se déploie entamée qui craque
Tous les corps au fond du Squelette Ancestral
Les couronnes de fleurs fraîches empourprent les solitudes
Mariées amaigries à l’autel de survie
Tout près clinque l’or du monde dans les rizières du possible et l’industrie fourmilière
Hommes et femmes partout cultivent leurs lendemains

Combien de fois a-t-on réclamé ton aide
Aidez-moi aidez-moi aidez-moi
Tu as baissé les yeux sur le nombre ininterrompu de tes pas
Ainsi soit la mort
Ainsi son visage lent de promeneur
Que s’éteignent les moribonds dans leurs commerces foireux
Comme tu promets de mourir à la lie de l’espérance
Une fois épuisées les routes du petit matin
Que s’effondrent les terriers défaits du Tamil Nadu
Dans les temples polis par les prières dans le vide ou le progrès dans l’argent dans l’arnaque la vertu le courage la modestie
Que tombent les corps goutte-à-goutte
Dans l’absence creusée pour eux au monde et à l’instant
Car les heures sont nos heures et ne sont que nos heures
Le chignon d’une gamine dans les serres d’un oiseau qui vient troubler sa danse
Voilà elle tombe

Loués soient les éléphants la libre entreprise a son milliard quotidien de nouveaux fidèles
Le soleil cingle et les sourires
Les muscles s’allongent et la photogénie
La main du cloporte frôle celle du magnat very big size american style
Et les touristes bouffent du yoga

Tu voudrais croire au croisement de l’aube et des bateaux arabes dans le port de Cochin
Tu veux porter l’amoureuse sur les collines d’abandon
Lever les yeux
Mais tu brises le hochet de tes élans contre le mur de chambres trop étroites
Tu confonds les visages du cœur fou
Tu es muet dans l’Inde au galop des fêtes alphabétiques dépliant leurs lettres de la naissance à l’oubli
Voilà elle renaît

Tu habites vaguement le présent
Tu n’incrimines personne
Mais les coutures du temps sont si voyantes
Et toujours tu oscilles à l’égard de la vie du voyage ou d’autrui
Entre adoration vaine et rancœur absurde

Qu’on te pardonne ces brouillons d’âme (grand mot trouvé par un homme qui se sentait petit)
Qu’on se plaigne de tout baiser repris
Ou interdit
Qu’on célèbre les vies courtes sur les digues souillées du Bengale ou d’Oman
Dans les flots sacrés de Rameshwaram
Sur tous les quais de gare

Loin des avalanches de luxe de mépris d’envie de mauvaise foi

Que bandent les ânes
Sans s’embrasser

par Fabrice Melquiot
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L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
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