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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

Lundi 19 novembre 2007
La nuit jette en pâture nos crânes aux pauvres, traînant jusqu’à l’aube leur sacre morne ; ils passent sans ramasser nos têtes                      
Vois, je ne m’endors qu’au dehors de moi, sur les brisées de la commune absence, martel en tête, pour la cognée des songes ; quand tu dors, je fais mon tour en loques
De mon enveloppe cent fois oblitérée, je m’extrais pour prendre repos ; une pelure d’homme, au vent ; je suis le bien veillant sur nos sommeils joints
C’est moi, la voix qui te fait parler la nuit, tandis que se love contre tes reins mon ombre sans froc ; je fais mon tour, puis le tien
Je bats, paupière tremblante à ton œil, agitant les heures du coq, me reconnais-tu ?
Passé par la fenêtre, je ne meurs qu’en voyageant, la main ouverte, tends-moi la main, montrons-nous une vie d’errants volontaires, marchons à l’écart !
Que je m’étire en toi, m’agrippe au devenir : je n’ai la clef de moi qu’à ta serrure
Nous sommes l’un de l’autre l’énigme sainte !
Je ne crois pas au bonheur, comme il se doit, mais une phrase perle à mes lèvres ; membre amputé :
Je te jure que c'est vrai ; il n'y a de vérité que parce que j'ai appris à te jurer quelque chose.
par Fabrice Melquiot publié dans : fabricemelquiot
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L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
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