Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /2009 11:55


Rien dans les semailles de tes os

Rien dans les labours

Rien sur les collines

Rien dans la crécelle de l’enfant couché

Rien sous l’arbre sec

Rien dans le silence des phrases ou des falaises

Rien derrière, sauf si très loin derrière

Au premier point de l’horizon

Quand tu étais mort la première fois

Où les étoiles bégaient, l’oreille contre la nuit

Rien plus loin que toi de toi-même

Rien demain non plus

Rien dans les sanglots du poisson perroquet

Arrachés au harpon

Rien sous le lit

Rien à la fenêtre

Rien aujourd’hui

Géographie, brume, parole donnée

Rien ne dit

Que le temps est une ligne entre deux points

Rien dans les départs

Rien dans l’arrivée des trains en gare

Rien dans ton prénom

Et tes yeux bientôt pendront au cerisier

Planté hier de tes mains nues

Rien ne dit que tu mourras pour mourir

Le terme des dommages sera laissé vacant

Dans le jappement des peurs

La blancheur des questions

Tu cherches dans l’air si les disparus crachent des fruits

Rien de rien

Ni ton cœur dévorant

Ni tes yeux las de trop regarder

Ni ta voix mourante de trop vivre

Ni le soc des promesses

Dans la terre

Où les pas

Appellent d’autres pas

Rien ne dit que le soleil frappe plus fort que le squelette

Tu n’es pas si fragile

Tu n’es pas si seul

Tu tiens dans la main de minuscules alphabets

Un amour

Des bolides et un paratonnerre

Une installation pour la vitesse

Une autre pour la lenteur

Rien ne dit

Que rien ne dit

Rien

Le visible béni par l’invisible

Reprend le jeu

Quand il devient grave

Et tu souris peut-être

A la porte que l’on ferme

Sans choisir entre deux seuils
 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

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L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
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