Rien dans les semailles de tes os
Rien dans les labours
Rien sur les collines
Rien dans la crécelle de l’enfant couché
Rien sous l’arbre sec
Rien dans le silence des phrases ou des falaises
Rien derrière, sauf si très loin derrière
Au premier point de l’horizon
Quand tu étais mort la première fois
Là
Où les étoiles bégaient, l’oreille contre la nuit
Rien plus loin que toi de toi-même
Rien demain non plus
Rien dans les sanglots du poisson perroquet
Arrachés au harpon
Rien sous le lit
Rien à la fenêtre
Rien aujourd’hui
Géographie, brume, parole donnée
Rien ne dit
Que le temps est une ligne entre deux points
Rien dans les départs
Rien dans l’arrivée des trains en gare
Rien dans ton prénom
Et tes yeux bientôt pendront au cerisier
Planté hier de tes mains nues
Rien ne dit que tu mourras pour mourir
Le terme des dommages sera laissé vacant
Dans le jappement des peurs
La blancheur des questions
Tu cherches dans l’air si les disparus crachent des fruits
Rien de rien
Ni ton cœur dévorant
Ni tes yeux las de trop regarder
Ni ta voix mourante de trop vivre
Ni le soc des promesses
Dans la terre
Où les pas
Appellent d’autres pas
Rien ne dit que le soleil frappe plus fort que le squelette
Tu n’es pas si fragile
Tu n’es pas si seul
Tu tiens dans la main de minuscules alphabets
Un amour
Des bolides et un paratonnerre
Une installation pour la vitesse
Une autre pour la lenteur
Rien ne dit
Que rien ne dit
Rien
Le visible béni par l’invisible
Reprend le jeu
Quand il devient grave
Et tu souris peut-être
A la porte que l’on ferme
Sans choisir entre deux seuils
Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.
A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.
Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.
Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :
un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :
nous nous sommes un peu élévés du sol,
nous avons un peu volé.
Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"
Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.
Rien
la chose même
que l'on reçoit de surcroît
que l'on verse
même mort
Rien
et pourtant tout
tant et si bien
tant que l'on n'est pas loqueteux
sur les trottoirs de l'exil
Rien
que ces choses futiles
que l'on dit sans la lune
que de trésors défunts
avant d'être nés
Riens
que l'on frôle
sans savoir sans vouloir
sans oser revenir
changer de douleurs
Runes
[Deux mots sont en blanc... Le refrain et la chute.]
Et tant de musique!
Les bas de soie
Le moi en toi
Quand le silence de l'univers
Nous prend si lentement
Quand tout se meurt si sûrement
Le poète met pied-à-terre
Ses bottes de riens pleines à ras bords
Il nous les sème au creux des reins
Mille soupirs pour mille morts
Et mille biens
Encore.
Les cimes dans tes yeux
A bientôt, j'espère
Le sourire
de ses mots
ses mains
rangées
son visage
balafré
tout à coup
de stridence
ne disaient plus rien
pour mordre
les vallées
hisser
les montagnes
d'indifférence
dans la nuit
Rien n'y fait
n'y fera
Rien
Ces mots
d'autres
ce vis
à
vis
tapi
d'étreinte
improblables
voile
tapisse
vole
tisse
et
c'est bien