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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

Jeudi 18 octobre 2007
Punta-Arenas.jpg

Avenue Christophe Colomb, à Punta Arenas
Le Bar Saturne n’existe pas
Mais au numéro 756
On trouve cette enseigne invisible :
Désir que le Bar Saturne existe
 
Il existe donc une porte qui n’existe pas
 
Quand tu es entré au Bar Saturne
Toi non plus tu n’existais pas
Mais tu voulais commencer
Et il fallait boire ton huitième café
Pour accélérer le coeur
Et aller vers
Apprendre à exister
 
Il y avait là des gens inexistants
Figures creuses enfilant des beignets à la viande
Dans la bouche du néant
 
Tu as vu cet homme qui remontant le mécanisme de sa montre
Revint à l’origine du temps
Et le cueillit
Pour renaître dans un jardin propre
 
Tu te souviens de ce tableau qui n’existait pas
Signé Mariboli
C’était une vue de Saturne
Et les bouteilles autour
Tournaient comme des étoiles vides
Ou habitées
 
Qu’il était bon de n’être pas encore
Dans ce désir de bar
Qui n’était qu’un désir
 
Pourtant, tu l’entends encore, la vieille dame
Sur son tabouret perchée
Comme un Giacometti mourant
 
Et de sa voix mordue par les spectres :
« J’avais sept ans quand j’ai dit la première fois : un jour, j’irai en Europe. Et en 1980, j’ai vu Paris un été, le Louvres et le Lido dans la même journée ah, nous étions tous ces vieux ah. Puis je n’ai plus bougé. Je marche souvent au bord du détroit. Je ne crains pas le vent. J’ai soixante-dix-neuf ans. »
 
Il y eut des phrases où passèrent des paquebots
Que personne ne prit
 
On essaya de parler français, entre morts-vivants
 
Au mur, près de l’horloge
Quelqu’un avait suspendu un boomerang
Qui n’existe pas
Alors la vieille dame a osé
Revenir à l’origine du désir et te souriant
Elle a prononcé cette phrase de tous les âges :
 
« J’aimerais vous aimer. »
 
Tu as rougi.
Tu as cru à une plaisanterie.
Elle a rougi.
Tu l’as regardée un long moment.
Elle n’avait pas l’air de regretter.
Tu aurais pleuré jusqu’à ce que tes larmes existent.
Tu as commandé un neuvième café, sans savoir qui t’avait servi le précédent.
 
Il y eut un silence et le Big Bang.
 
Puis tout s’est mis à exister, soudain tout a existé.
Jusqu’à ta caresse sur la main de la dame.
 
Il y eut vos deux respirations, placées l’une près de l’autre, sur la portée.
 
Si tu désires une chose, tu la mets au monde.
par Fabrice Melquiot publié dans : fabricemelquiot
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Mercredi 17 octobre 2007
 Affalée sur un divan zébré
La gorge débordante
La diseuse de bonne aventure
Se plaignait dans son rez-de-chaussée
Du forfait de son mobile.
 
« Je n’ai pas assez d’heures, vous comprenez ?
Je paie trop cher pour trop peu d’heures »
 
Et dans sa boule de verre blanc
L’opérateur lui répondit :
 
« Madame, c’est la vie, c’est toute la vie. »
par Fabrice Melquiot publié dans : fabricemelquiot
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Lundi 1 octobre 2007
ault6.jpg

Je voudrais à coups d’alène rouvrir la cicatrice d’enfance
Entre tes yeux de résine
À coups de lents baisers
Te relancer
À l’aide d’une parole vraie
Oubliée des moissons où nous aimions mentir
Par goût des fées
Je voudrais d’un anneau sigillaire ou saturnien
Laisser l’empreinte de mon cœur noir
Au bas de ta page
À tes pieds
Qu’encore nous soyons à l’écart
Enfuis
De côté
Mis à part
Une femme de biais, devant l’homme qui la regarde et la loue et la veut et se tait
Le couteau entre les doigts
Les balafres à double tour
En joue, nos désirs
Et le peloton d’exécution
T’exécuter, en pas de danse
Dans une fête foraine
 
Tu as le don des fenêtres dans les toits de chaume
Cette lumière aux branches des acacias, elle irrigue ton bras
Tu romps d’un rire le charme des haies protégeant les maisons
De la rue des Processions
Ferme les yeux
Le chœur des troncs fendus souffle pour toi sa berceuse d’écorce
Endors-toi
Avant que tout s’élague à te voir vivre comme tu vis
La peau déclenchée
Gorge tendue aux éoliennes ou aux falaises
D’Ault à la pointe du Hourdel
Dans les pleurs de Manessier ou d’Albert Lauzero
Larmes d’huile
Au bois flotté des palettes
Dans les brumes et le soleil et les prés les forêts les étangs les rivières les trottoirs
Tous ces villages qui meurent longtemps
 
Moi je m’écorcherais vif d’être au présent
M’écorcherais de te connaître
M’écorcherais de garder silence près de toi
(Deux bergers sans laine
Rien que la peau sur des os prêtés)
Ferme les yeux
Endors-toi
Plusieurs fois de suite
S’il te plait
Apprends les sommeils de la mer profonde
La vase plane du repli des eaux
Cache-toi sous le ventre argenté des ablettes
Laisse tourner les planètes sur leur abaque
Et mon ombre autour de la tienne
 
Comme les saisons s’affolent dans tes cheveux !
Palombes crevées dans le filet des chasseurs
Que tu détisses
D’un baiser, tu les ressuscites
D’un baiser, tu fais des Christs et des croyants
Des comètes et des fables
Des machines à remonter le vent des plages
Et les cerfs-volants
D’un baiser, tu répares les erreurs commises par d’autres
Ta bonté saigne dans leurs failles
Et les rivières rougissent
Entre les pierres saintes
 
Tout s’échancre à ta bouche
Cent mille balcons de fer forgé ourlent ta lèvre
Et l’on s’y penche
Pour enfin jouir de quelque chose d’absolu
Absolument beau
Absolument donné
Une révérence absolue de la nuit et du jour
Dans laquelle Dieu pose toutes les questions à la fois
 
Et je sais répondre !
Et je sais
Je sais enfin
Répondre à l’énergie du départ sans mourir d’arriver
Je sais répondre
Puisque je te regarde
Poser ta main contre les corridors
Qu’y puisse passer le fantôme de l’amour
Avec sa stature d’iceberg
Et sa voix d’enfant
Qui va muer
 
Tu ouvres le monde à coups d’ainsi sois-je
Tu l’écartèles
Cisaillant les brumes et creusant les marais
Le défilé des coursives au loin
Le chambard roulant des tracteurs dans les campagnes
La cohorte égosillée des merles
Et les hirondelles fatiguées dans les braderies de proverbes
 
Qui relit les lettres des amoureux qu’il a bannis ? Je les relis. Je vérifie dans leur composition mon cadastre jauni. J’en examine ruines, friches et beffrois. Je veux savoir exactement ce que j’ai à t’offrir. J’ai gardé trace. Je ne te mens pas.
 
Qui se souvient de l’effroi : quand on n’était qu’une portée de chiots noyés par l’amour pauvre, l’amour faux, l’amour aux tempes sales, à la main crochue, l’amour des désastres vitaux ? Je me souviens. Je refais cent fois le chemin, pour ne pas t’y perdre un soir où la lune serait délassante ou violette.
 
Qui déménage une fois par jour au moins de tes yeux au ciel et du ciel à tes yeux ? J’attache ma caravane au moindre nuage qui passe en toi. Crois-moi. Il faut que tu me croies. Je ne sais pas comme toi concevoir les élans, la foi, les idoles, alors crois-moi, aveuglément.
 
Qui traîne l’amour dans la boue mieux que moi par la tignasse quand j’ai ma mauvaise tête je lance mes cris d’abjuration je parade fier de ma mauvaise conduite sortie de route après sortie de route démission qui mieux que moi ne remplit pas ses missionnaires amours ultimes et lapidaires qui mieux que moi finit dans les pylônes et les murs d’après le virage j’ai tant viré tant viré tant viré j’ai tout viré tout le monde car moi surtout au rouge au vert à l’arc-en-ciel.
 
Qui surligne le vide avec un cœur fluo ?
 
Qui annule ses rendez-vous avant de les donner qui ne se rend jamais ?
 
Qui reste seul à te compter à l’infini brûlant de sommeil dans les bières pas bues les cigarettes refusées les colmatages d’aubes les heures indues qui va clean à l’infini passant par toi comme une droite par deux poings fermés puis ouverts puisque tu ouvres tout est courbe et nu et long et à refaire défais-moi recommence le labeur de la sage-femme qui embrassait ma fontanelle amollie refais-moi ?
 
Oh
 
Dans ta robe pâle de sorcière les vapeurs de la salle d’eau la chambre immense l’herbe sur la butte qui mène aux alpagas
Les remparts d’Eu dans la brume
 
Oh
 
Je suis la minuscule fourmi qui suce ton pouce en rêve
Je l’étais cette nuit encore
Je suis le devin sourd et muet de nos lendemains
Je suis le chamelier sans bête à désaltérer le désert à son comble la chaleur même
Je suis les ossements sur la dune
Je suis tout et rien j’habite la plaine entre les deux, la vie passe de temps en temps elle apporte le vin
Des fleurs fraîches
Je marche à cloche-pied sur le tranchant des pièces de monnaie je ne tombe jamais pile quand on me cherche je suis toujours en face ou déjà parti
Je suis le garçon dans l’escalier qui prendra l’ascenseur si c’est une montgolfière
Je vends mon cœur comme d’autres font commerce de carpettes
Je me retourne ou je m’arrête c’est un métier
Fait d’interstices et d’interruptions
Je suis l’ouvrier de l’abandon
Je le serai encore
 
Oh
 
Si seulement tu voulais délacer mes grolles
Et faire avec moi quelques rides ça me calmerait
J’oublierais un instant ce que j’ai vu (de ces yeux prêtés que je pourrais te céder sans scrupule)
Le passé déguerpit, tant mieux
Ses escadrons désertent, tant mieux
Je me vide au fur et à mesure
Que l’existence m’espace à la hache me taille dedans des pans de barbaque où imprimer le neuf
J’ai su
À travers galaxies et nuées
Corps et âmes
Refus et dons
Tendresses et emportements
J’ai su pour la lumière de contrebande, trafiquées par les nuits les plus sombres
La Terre elle-même change de nom quand elle la diffuse
Qu’on ne reconnaisse personne
Demeurons étrangers
À jamais
Les uns aux autres
Tous malfaiteurs
Et pourtant c’est ça, le jour
Oui le jour et la lumière ce qu’on appelle le jour et la lumière
Les hommes les enfants les femmes bêtes sauvages domestiquées indociles malades violentes fourbes singulières évidentes écoeurantes splendides
Les hommes les enfants les femmes avec leur gueule d’alphabet ancien
Ils viennent au jour minéral
En matériau illicite
S’emporter dans la vie qui les emporte t’emporte nous emporte
 
Oh                                              
 
Tu respires sous un drap bleu
Un millier de lampes-tempête allumées sur ton cou
Tu as l’odeur des nénuphars inatteignables
Le parfum des morts magnifiques sous les fleurs de pissenlits
Tu es la caresse des feux follets sur les tombes
Le prolongement des jours dans l’insoluble
Ce que ma paume sait inscrire d’énigmes sur ses lignes
Tu parles la langue souple des soieries et des accordéons
Aux quatre points cardinaux tu as ton gîte et ton couvert
Ta bonne étoile et l’arquebuse en ton palais qui claque
Tu as les yeux des retards qu’on pardonne
Des yeux d’avant-garde des yeux de roman inachevé des yeux pensés dans l’antre élastique entre soleil et ligne d’horizon
Sur les étangs du Marquenterre
Tu as des yeux de fuligule des yeux de rousserolle des yeux où les vents tournent au rouet des audaces des yeux de spatule blanche des yeux de grand cormoran des yeux qui nichent dans mon sein de garçon cuit
 
Tu souffles sur la cendre de salicorne
Et ça me soude à l’avenir
Et ça dessoude mon caisson de camionneur assoupi aux abords des forêts
Ça me réduit à court-bouillon
Ça me lessive
Ça m’oxygène à pleins poumons de Zeus au moins
 
Oh
 
Il y a aux pattes des brebis l’impatience et une ou deux coccinelles
Un piano éventré dans les bulbes de jacinthe
Un ruban de tulle au poignet des passants la boulangère aussi et puis le pompiste
Comme aux portières des automobiles qu’on pare pour le mariage
Il y a cent mille fêtes en ton honneur à travers monde et autres mondes
Cent mille raisons de ne pas dormir du sommeil du juste
Cent mille de célébrer l’injustice qui t’a fait don de tant de grâces
Et moi je salive à la gueule des chiens sur le parking
 
Je voudrais enchaîner les zones l’industrie des visions et celle des regrets
Piller les usines de vols planés
Je voudrais des banlieues cerner le centre et t’y planter en arbre centenaire
Je voudrais une geôle pour les peurs possibles un gardien de phare un talisman pour traverser la forêt
Je voudrais reconnaître dans chacune de tes larmes l’océan d’où elle vient
Le Pacifique ! dirais-je fièrement après y avoir goûté
Et tu riras et tu chanteras et les squales iront plus loin actionner leur ronde et les banquises pourront fondre tu riras tu chanteras terre ferme toi ouverte si ouverte
 
Oh
 
Je voudrais que tout fruit tombé de ma bouche soit vrai et beau mûr et vert à la fois singulier au point d’être peint par des maîtres à chapeau mou
Je voudrais te faire oublier jusqu’au prénom de tes amants maigres et chancelants
Ou alors confonds-les avec des jours sans
Des temps morts
Une heure sidérale
Sans soleil
 
Nous avons regardé le jour fondre avec les faucons crécerelles sur la butte au petit banc de bois
Dans ta bouche au goût de pomme volaient des exocets et des bandits de grand chemin dont j’étais le chef bâillonné
 
Oh
 
La vie brute
Et ton visage de fou scalpel entré en moi
Vrillant l’arme salutaire dans ma carne pantelante
Et offerte
 
Oh
 
Je t’ai tout contre et à jamais en fuite
Derrière et devant les roseaux
Buvant mes fièvres à la paille
De douves en meurtrières
De louves en claires-voies
Je me dépossède en t’appartenant et quand je dis : prends-moi ainsi
Je me déprends de moi-même
 
Oui
C’est oui
 
Que ton cœur batte dans les moissons du devenir
Jusqu’au champ des gloires abolies
Jusqu’à la nue présence
Les remparts de roseaux aimants
L’enfance blanche de toi et moi
 
Tu es la phrase ultime d’où je reprends le poème
En te priant de m’en donner la clé :
 
Je voudrais à coups d’alène rouvrir la cicatrice d’enfance
Entre tes yeux de résine
À coups de lents baisers
Te relancer
 
(…)
par Fabrice Melquiot
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Lundi 1 octobre 2007

 

goethe.gif

Je m’appelle Alphonse Roux et je voudrais dire ah.

Ah.
Ah les écrivains, bah, ne parlons plus des écrivains, expédions-les, réglons ça allez, au diable les écrivains, et toute leur famille d’ayants droit.
 
Les écrivains sont des gens mous, ils traînent souvent leur corps flasque, un crâne lisse, des yeux d’enfant battu ; je parle ici des meilleurs.
Les écrivains ne sont pas souvent des gens musclés.
Souvent, ils pendent à leur squelette comme un chiffon près de l’évier, voyez.
 
Sinon, il y a les belles petites gueules, qui passent leur vie dans la salle de bains et écrivent sur le rebord de la baignoire avec le balai des chiottes, à l’encre délébile. Mais ils ne sont pas musclés pour autant. Ils arborent plutôt un corps frêle, un air fragile, un teint clair malgré la nuit dans des bars ou des bras.
 
Au mieux, certains pensent à la va-vite que les poignées d’amour qui leur font les flancs sont des poignées de honte, anses au panier dont ils se passeraient volontiers, mais la plupart ont abandonné jusqu’à l’idée de s’en plaindre, non ça leur va, paniers pourquoi pas ?
 
Je m’appelle Alphonse Roux et je voudrais dire ah.
Ah les écrivains passent beaucoup de temps à table, à écrire, certes, mais surtout à manger, avec le peu d’amis qui leur reste, parce que le besoin de solitude, vous comprenez, ou bien le goût du monde et ses séductions, ont dévasté beaucoup de leur cercle ; les écrivains ont peu d’amis, ou alors des chats, auxquels ils donnent des noms de héros mythologiques.
 
Les écrivains n’aiment pas marcher d’un pas rapide, et de toute façon, ils ne pourraient pas, avec un corps pareil, qui a rouillé avec la chaise ou le fauteuil.
Ils ne courent pas souvent, et si tel est le cas, c’est après un bus qu’ils vont rater de peu, forcément rater, puisqu’ils ne courent pas assez, pas assez vite ; sinon, ils l’auraient eu, c’est sûr.
Ah.
 
Ah.
Moi, je suis musclé pour un écrivain, je suis même musclé tout court, du coup je passe pour un con.
Moi, le bus je l’aurais eu, et on se serait bien foutu de ma gueule, voilà.
 
Attention, je ne suis pas de ces types musclés qui s’entraînent dans des salles de sport, et transpirent avec d’autres dans le même culte de leur anatomie et une peur commune de flétrir ; non, moi je rêverais d’être un écrivain considéré et d’avoir le corps qu’il faut pour ça, ou la gueule.
 
Un écrivain musclé sera toujours musclé avant d’être écrivain ; c’est d’abord un suspect. Qui ferait mieux de bouffer plus, ou de s’atrophier un peu. Qui ferait bien de passer plus de temps à sa table, à lire ou écrire plutôt que d’aller soulever de la fonte pour s’afficher en débardeur.
 
Je suis musclé.
Que Dieu me pardonne.
Qu’il m’engraisse, ou qu’il me donne une jolie petite gueule qui passe bien.
Pitié, Seigneur.
Pourquoi Alphonse Roux n’a-t-il pas le corps qu’il faut pour exercer son métier dans la confiance ?
Démusclez-moi, je vous en prie.
Je n’ai vraiment pas besoin de ces biceps, ni de ces abdominaux ; ôtez-moi ces épaules. 
Je crois tout de même être quelqu’un sur la terre. 

(
Se dit-il, pour se consoler)
 
Je crois tout de même. Être quelqu’un sur la terre.
Je suis brisé.
Je vais me refaire.
 
Goethe n’a été heureux que trois minutes dans sa vie.
Il l’a dit. Goethe a dit : m’ont été accordées trois minutes de félicité.
 
Comment peut-on rêver d’être Goethe ?
par Fabrice Melquiot publié dans : fabricemelquiot
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Samedi 1 avril 2006
 
 
 
 
Fabrice Melquiot fut d’abord acteur avec Emmanuel Demarcy-Mota et la compagnie Théâtre des Millefontaines.
Parallèlement il écrit. En 1998 ses premiers textes pour enfants Les petits mélancoliques et Le jardin de Beamon sont publiés à l’Ecole des loisirs et diffusés sur France Culture. Il reçoit le Grand Prix Paul Gilson de la Communauté des radios publiques de langue française et, à Bratislava, le Prix européen de la meilleure œuvre radiophonique pour adolescents.
 
Depuis quelques années, il se consacre entièrement à l’écriture.
Ses textes sont publiés chez l’Arche Editeur : L’inattendu (2001), Percolateur Blues et La semeuse (2001), Le diable en partage et Kids (2002), Autour de ma pierre il ne fera pas nuit et The ballad of Lucy Jordan (2003), Ma vie de chandelle (2004), un recueil de trois monologues : C’est ainsi mon amour que j’appris ma blessure, Le laveur de visages et L’actrice empruntée (2004), puis Exeat et Je rien Te deum (2005), Marcia Hesse (2005).
Perlino Comment (2001) inaugure la collection de théâtre jeunesse de l’Arche éditeur, suit Bouli Miro (2002) mis en scène par Patrice Douchet, en tournée pendant trois ans. Bouli Miro a également été sélectionné par La Comédie Française ; ce sera le premier spectacle jeune public à être présenté au Français. La suite des aventures de Bouli, Bouli redéboule, a été présentée, toujours à la Comédie Française en 2005-2006. Le Gardeur de Silences a été publié et mis en scène par Franck Berthier à la Faïencerie de Creil en 2004.
 
En 2002/2003, pour sa première saison à la tête de La Comédie de Reims, Emmanuel Demarcy-Mota invite Fabrice Melquiot à le rejoindre comme auteur associé, membre du collectif artistique de La Comédie et met en scène L’inattendu et Le diable en partage, au Théâtre de la Bastille (Paris) à La Comédie de Reims et en tournée.
En 2004, le compagnonnage se poursuit avec la création de Ma vie de chandelle, à La Comédie de Reims et au Théâtre de la Ville (Paris).
D’autres metteurs en scène ont choisi de se confronter à cette écriture poétique sans concession (Dominique Catton, Mélodie Berenfeld, Vincent Goethals, Reynald Robinson, Christian Gonon, Michel Belletante, Philippe Lagrue, Eva Doumbia, Michel Dydim, Ben Yalom aux Etats-Unis, Victor Carrasco au Chili, le Thalia Theater en Allemagne…).
 
En 2003, Fabrice Melquiot s’est vu décerner le prix SACD de la meilleure pièce radiophonique, le prix Jean-Jacques Gauthier du Figaro et deux prix du Syndicat National de la Critique : révélation théâtrale de l’année, et pour Le diable en partage : meilleure création d’une pièce en langue française.
Ses textes sont traduits en plusieurs langues.
 
En 2004/2005, Emmanuel Demarcy-Mota met en scène un monologue, Exeat, avec Hugues Quester. Michel Belletante monte, quant à lui, Je peindrai des étoiles filantes et mon tableau n’aura pas le temps à l’Amphithéâtre de Pont de Claix. Vincent Goethals participe au festival de théâtre jeune public Odyssée 78 à Sartrouville avec Catalina In Fine. Les petits mélancoliques sont en tournée dans le Nord de la France, spectacle créé par la compagnie Tourneboulé. La Comédie-Française reprend Bouli Miro. Plusieurs pièces sont créées en Espagne, en Grèce, en Allemagne, au Canada, en Russie.
 
En 2005/2006, Emmanuel Demarcy-Mota met en scène Marcia Hesse au Théâtre des Abbesses, spectacle réunissant 13 acteurs du collectif de la Comédie de Reims ; la Comédie-Française crée la suite de Bouli Miro, Bouli redéboule, Catalina In Fine est accueilli au Théâtre du Rond-Point et plusieurs pièces traduites par Fabrice Melquiot sont montées : Michel Dydim met en scène Face de Cuillère de Lee Hall, Gloria Paris met en scène Filumena Marturano d’Eduardo de Filippo, Patrice Douchet montera Noces de Sang de Federico Garcia Lorca.
 
Si l’essentiel de son écriture est tournée vers le théâtre, une autre passion habite Fabrice Melquiot : la poésie. Un recueil, Veux-tu ? a été publié à l’Arche et a donné lieu à une lecture-concert présentée à Paris, Reims, Turin… Un second recueil de poèmes est publié en 2005 : Graceful dont une version musicale a été présentée à la Comédie de Reims et au Théâtre de l’Ouest parisien.
 
par Fabrice Melquiot publié dans : fabricemelquiot
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L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
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