
Lumières : Pascale Bongiovanni
Son : Nicolas Lespagnol-Rizzi
Costumes : Laetitia Oggiano
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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.
A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.
Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.
Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :
un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :
nous nous sommes un peu élévés du sol,
nous avons un peu volé.
Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"
Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.


lundi 18 janvier au samedi 6 février 2010
399 secondes
de Fabrice Melquiot
mise en scène Stanislas Nordey
collaboratrice artistique Claire-Ingrid Cottanceau
lumières Philippe Berthomé
assistants à la mise en scène Garance Dor, Olivier Dupuy
avec
Benjamin Barou-Crossman
David Botbol
Christelle Burger
Laurent Cazanave
Yoan Charles
Marine De Missolz
Julie Duchaussoy
Vanille Fiaux
Manuel Garcie-Kilian
Simon Le Moullec
Julien Polet
Emilie Quinquis
Chantal Reynoso
Anne-Sophie Sterck
399 secondes est publiée chez L’Arche Editeur.
lundi, mercredi, jeudi et vendredi à 20h
mardi à 19h - samedi à 16h
Plein tarif : 20 € • Tarifs réduits : 15 € et 10 €
Étudiants, scolaires : 8 €
Réservations : 01 42 55 55 50
Après la diffusion du feuilleton Toxic Azteca Songe sur France Culture, Manuel Ulloa-Colonia présente une maquette de mise
en scène de l'adaptation théâtrale du texte à Auber Palace - Aubervilliers - le 1er février à 20h.
Avec Paolo Cordova, Philippe Girard, Odille Lauria, Giovanni Ortega et Chloé Réjon.

Porte ton poids à travers neige
Porte ton poids
Sur la tangente que le visage trace au visage
Le long du temps
À force de faiblesses
Cette face de traits qui penchent dans la glace
Allonge-toi
De surface en surface
Froides elles t’écharpent et te laissent
Parfois pour morte
Profondément
Mais toute érosion a un enfant dans le limon
Déleste-toi
De toi en toi
Du poids de neige qui recouvre
La mare cramoisie des batailles
Où chantera demain une chorale au front lisse
Cherche une douceur sans propriétaire
Cette chaleur au monde
Offerte contre rien
Rien que le givre qu’elle console
Marche en guide et suiveur
Marche en femme et en homme
Particule et goutte d’eau
Porte ton poids
Et ne compte pas les morts en route
Les taxis-brousse cahotaient vers Dakar, nocturnes envolées sur le bitume
De l’autre côté de la route, le sommeil des glacières et des cormorans
Des gamines passaient, figures de proue sans vaisseau à charrier
Le téléphone public entassait les voix
Toutes les castagnes étaient rangées
Martin portait sa chéchia de dentelle noircie de crasse
Ibou préparait le thé dans une casserole de fer blanc, martelée comme l’était son cœur
Diakhaté rinçait les tasses dans une bassine sans eau
De l’autre côté du monde
Accroupis nous lancions nos blagues dans les scorpions
Nos rires éclataient, puis ils mouraient, pleins d'aiguillons
Nous buvions à nos santés inégales
J’aurais pissé dans cent mille violons pour inventer une musique très personnelle
Rien dans les semailles de tes os
Rien dans les labours
Rien sur les collines
Rien dans la crécelle de l’enfant couché
Rien sous l’arbre sec
Rien dans le silence des phrases ou des falaises
Rien derrière, sauf si très loin derrière
Au premier point de l’horizon
Quand tu étais mort la première fois
Là
Où les étoiles bégaient, l’oreille contre la nuit
Rien plus loin que toi de toi-même
Rien demain non plus
Rien dans les sanglots du poisson perroquet
Arrachés au harpon
Rien sous le lit
Rien à la fenêtre
Rien aujourd’hui
Géographie, brume, parole donnée
Rien ne dit
Que le temps est une ligne entre deux points
Rien dans les départs
Rien dans l’arrivée des trains en gare
Rien dans ton prénom
Et tes yeux bientôt pendront au cerisier
Planté hier de tes mains nues
Rien ne dit que tu mourras pour mourir
Le terme des dommages sera laissé vacant
Dans le jappement des peurs
La blancheur des questions
Tu cherches dans l’air si les disparus crachent des fruits
Rien de rien
Ni ton cœur dévorant
Ni tes yeux las de trop regarder
Ni ta voix mourante de trop vivre
Ni le soc des promesses
Dans la terre
Où les pas
Appellent d’autres pas
Rien ne dit que le soleil frappe plus fort que le squelette
Tu n’es pas si fragile
Tu n’es pas si seul
Tu tiens dans la main de minuscules alphabets
Un amour
Des bolides et un paratonnerre
Une installation pour la vitesse
Une autre pour la lenteur
Rien ne dit
Que rien ne dit
Rien
Le visible béni par l’invisible
Reprend le jeu
Quand il devient grave
Et tu souris peut-être
A la porte que l’on ferme
Sans choisir entre deux seuils
Mais dans les tendons de ma nuque, je reconnais les jonques
De la joie
Bordées de lampions vifs
Elles tracent un sillon de nacre et résistent au bouillon
De petites embarcations qui se teintent de pourpre
Et mettent à mes joues
L’enfance à la mode
L’éclairage de mes veines balise la marche des soirs
Et des matins
Et je vais
Je vais bien
Je vais très bien
Des barques me descendent, me remontent, des barques me traversent
Chargées de marchandises
Existentielles
Hier encore, les gars du port
Gueulaient leur santé
Dans une artère mal famée
Ils trinquaient à la mort des voyages !
Tout un peuple m’irrigue
Vêtu de rêves si réels qu’ils effraient
Coiffé de casquettes à visière et de ventres et de brins d’herbes
Gorgé d’enzymes tendres et de rires et de foudres
Et je vois
Je vois loin
Je vois très loin
Derrière les arbres
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