Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 08:06


Dominik Courier
Je suis rentré chez moi à pied, mon MP3 sur les oreilles, les Buzzcocks chantaient
I don’t mind et c’était vrai de vrai, après tout rien à foutre. Je suis passé chercher mon sac. Après, j’ai été au bahut. On a parlé de l’audition avec deux trois potes, ils se sont bien foutus de ma gueule, ils ont dit que c’était pour les blaireaux ce film, que ça ne valait pas un bon Jackie Chan, alors on a parlé du nouveau Jak and Daxter, The Lost Frontier ; en jeu de plate-forme, c’est ce que je préfère. On a parlé de la nouvelle Porsche et de Leslie Choupin. Les potes se sont refoutus de ma gueule à cause de mon tee-shirt Have you used your brain today, mais ils se sont écrasés devant le 17 que je me suis payé en Français. Leslie Choupin est super belle. Leslie Choupin est une bombe. Je ne sortirai jamais avec une bombe. Trop dangereux. Quand on est descendus dans la cour tout à l’heure, elle était juste devant moi dans l’escalier. Quand j’ai une jolie fille devant moi dans l’escalier, je la pousse sans faire exprès. C’est plus fort que moi. Une ou deux marches, ça ne fait pas de mal. Elle trébuche, ça la ridiculise un peu. Moi, ça me tranquillise. Et si elle rouspète, je la traite de quenelle, ça passe bien.

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 07:59

Gaby – Regarde.

 

Brunella – Tu as fait la soupe aussi.

 

Gaby – Oui j’ai fait la soupe.

 

Brunella – La soupe.

 

Gaby - Tu m’en veux parce que j’ai fait la soupe ?

 

Brunella – Non, la soupe c’est bien. Tu peux faire la soupe. Ça me fait plaisir que tu fasses la soupe.

 

Gaby – Quoi ?

 

Brunella – Rien.

 

Gaby – Allez.

 

Brunella – Non rien.

 

Gaby – Tu allais ajouter quelque chose. Ajoute.

 

Brunella – Ça me fait plaisir que tu prépares la soupe, même si quand c’est toi qui fais la soupe, on n’en mange pas une louche.

 

Gaby – Ah bon et pourquoi pas une louche ?

 

Brunella – Parce qu’elle est immangeable.

 

Gaby – Ma soupe, elle est immangeable ?

 

Brunella – Tu la laisses toujours cramer, le fond de la casserole crame et ta soupe a un goût de merde, c’est automatique. Tu es un homme, mon chéri, tu le sais. Ce n’est pas grave en soi. Mais la soupe que tu nous prépares, c’est une soupe d’homme, une soupe oubliée.

 

Gaby - J’ai fait bouillir le reste de courge qui traînait dans le frigo. J’ai mis un bouillon de légume, j’ai salé et poivré, j’ai surveillé la cuisson, du début à la fin. Et j’ai tout passé au moulin. Et puis j’ai touillé, touillé. Elle est bonne, j’ai goûté. Goûte.

 

Brunella – Elle a un goût de cramé.

 

Gaby – Quoi ? Fais voir.

 

Brunella – Qu’est-ce que je disais.

 

Gaby – Elle est excellente, cette soupe.

 

Brunella – Elle a un goût de merde, franchement.

 

Gaby – Quand même.

 

Brunella – Gaby mon Gaby mon petit, je ne veux pas être de mauvaise foi, sous prétexte que je suis ta mère et que tu fais un effort pour ta mère en préparant la soupe du soir. Tu es la dernière personne avec qui je serai de mauvaise foi, Gaby, la dernière.

 

Gaby – Tu dis qu’elle a un goût de cramé ? Mais qu’est-ce que tu entends par cramé ?

 

Brunella – Cramé. C’est le Portugal ou la Corse en été, tu vois, cette ambiance-là.

 

Gaby – Elle a un goût de courge, M’man. C’est une soupe à la courge avec un goût de courge.

 

Brunella – Ouais ouais.

 

Gaby – Je sens un truc qui commence à monter, M’man.

 

Brunella – Gaby mon petit, calme-toi.

 

Gaby – Non mais ça monte.

 

Brunella – Mais non.

 

Gaby – Si si ça monte.

 

Brunella – Je te dis que non.


Gaby – Ça monte quand même.


Brunella - Tu t’énerves pour un rien. C’est fou ça, comme tu pars au quart de tour, comme tu es susceptible, alors ça, ça on se demande de qui tu tiens ça, on croirait ton père en personne, bon, allez, on va la manger ta soupe.

 

Gaby – Ah bon on va la manger.

 

Brunella – Pour une fois qu’elle n’est pas mauvaise.

 

Gaby – Ah bon elle n’est pas mauvaise.

 

Brunella – Cet orteil me fait souffrir, tu n’as pas idée.

 

Gaby – Elle est bonne, ma soupe ?

 

Brunella – Je retire ce que j’ai dit. Pour une fois, elle est mangeable. J’ai été surprise à vrai dire. D’habitude, tu la rates, alors je pensais que tu l’avais ratée comme d’habitude, mais c’est vrai que – Bon. Bravo pour ta soupe, Gaby. C’est une réussite, c’est sûr. Une réussite ou un miracle, je ne sais pas, mais bravo. Je plaisante, Gaby mon chéri. C’est tous ces poivrons qui me montent à la tête. Tu es mon Paul Bocuse ! Je mets la table.

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 07:55

Pandora des Glaces.
Des hôtesses de l’air. Des infirmières. Des baby-sitters. Des institutrices. Des mannequins. Des assistantes sociales. Le monde est plein de filles dévouées, attentionnées, qui ne se rendent même pas compte que leur soumission pèse. Je leur en veux, à ces gourdes. Moi, je suis jeune et coupante. Implacable. Elle tousse. Un jour, j’écrirai une pièce de théâtre pour cannibales. Le rideau se lèvera sur un tas d’os bien blancs, puis on baissera le rideau ; fin de la pièce. La pièce de théâtre la plus courte de tous les temps. Tous les cannibales seront contents ; ils pourront aller bouffer plus vite, dans les rues pleines d’humains. Elle tousse. Plus tard, je serai bûcheron, les bûcherons coupent des arbres et les vendent. Je serai plombier, les plombiers refusent des rendez-vous, je passerai mon temps dans ma camionnette à écouter Led Zep en buvant du punch. Je serai boxeur, je boxerai, c’est tout. Je serai exploratrice, je découvrirai des contrées magiques et je n’en parlerai à personne. Je serai tout en haut de la pyramide. La pyramide de Kheops, à Gizeh, c’est là que j’irai m’asseoir en tailleur, et je regarderai le monde, comme à l’instant je le regarde, avec ses hôtesses de l’air, ses infirmières, ses baby-sitters, ses institutrices, ses mannequins, ses assistantes sociales. Elle tousse. Je ne pense pas à lui. Tousse encore. Je ne pense pas à lui. Tousse. Je ne pense pas à lui. Rien à foutre de sa petite gueule de garçon, de con, con de garçon. Je me casse, cloporte. Bonne qu’à ça. Irrattrapable.
Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 07:52

- Nous sommes deux comiques qui s’ignorent, assis sur des tombes inconnues. Deux joujoux ridicules, posés l’un à côté de l’autre, au bord du monde, jambes dans le vide. Deux ignorants, sûrs d’eux-mêmes.

 

- J’ai déjà disséqué dans les 3000 mouches.

 

- Kierkegaard : « Alors je reste là, livré à mes pensées, vieil homme aux cheveux gris, et m’explique à des images, l’une après l’autre, à voix basse, presque en murmurant ; et à côté de moi un enfant est assis, qui écoute mes paroles, bien qu’il sache depuis longtemps ce que j’ai à lui raconter. »

 

- Betty, as-tu vu ta vie ? En rêve, est-ce qu’elle t’est apparue ? Parce que tu ne peux saisir le tracé de ta vie - ta vie en tant que trajectoire réelle dans le monde réel - qu’à partir du moment où tu l’as vue en rêve. Si, enfant ou adolescent, tu ne vois pas ta vie en rêve, tu ne la vivras pas. Elle t’échappera. Dans ce temps faux de mon corps adolescent, j’attends ce rêve où je vais enfin voir ma vie. Mais dans ce rêve impatienté, ma vie paraît brisée, comme une vieille fable asphyxiée dans les bras de dieux morts, et j’attends, j’attends encore le vol de la chauve-souris.

 

- Je recompose trois faces uniformes de mon Rubik’s Cube. Fastoche.

 

- La SNCF, c’est le top. Tu vas aimer. Tu n’es pas obligé de rester à Modane. Tu passes le concours et tu t’installes à Chambéry. Réfléchis.

 

- J’ai peur de la lumière.

 

- Où es-tu, Betty ? Finalement, tu vois, je n’étais pas le Christ.

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Lundi 8 mars 2010 1 08 /03 /2010 00:06

3-1



En mars :


Lisbeths
à Poitiers.
Blanches à Genève.
C'est ainsi mon amour que j'appris ma blessure à Montréal.
Albatros à La Vacquerie.
Tarzan Boy à Lorient
Le Cabinet de Curiosités à Reims (...)

 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /2010 17:45
hartcrane.jpg
Hart Crane

399 secondes / Hart-Emily / Le Cabinet de curiosités

Si vous aimez
Shanghai, la poésie américaine, Hart Crane, Emily Dickinson, le pont de Brooklyn, les moins de vingt ans, les loges des théâtres, les voyages en cargo, le poisson qu'on mange vivant, les allumeuses, les dragueurs, les dépressives, les girouettes, les psychorigides, les vivants et les morts, les quenelles, les chansons, les sondages d'opinion, Edvard Munch, Kurt Cobain,
éprouver le vertige, dormir peu,  
Si vous aimez
vous arracher les dents vous-même, rester longtemps la tête sous l'eau, tomber amoureux puis changer d'avis, quitter, faire mal, humilier ceux qui vous sont chers
Si vous aimez
les éclipses de soleil, les vols de tableaux, les îles mystérieuses
Alors peut-être
Serez-vous heureux de passer par ces textes



Dickinson
 Emily Dickinson
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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 16:56
Tarzan-Boy.jpg
Du 23 au 25 mars au CDDB - Centre Dramatique De Bretagne - à Lorient, vous pouvez assister à la création de Tarzan Boy
Avec Elsa Rozenknop, Guillaume Ravoire, Daniel San Pedro et Paul-Marie Barbier.
Lumières : Pascale Bongiovanni
Son : Nicolas Lespagnol-Rizzi
Costumes : Laetitia Oggiano 
Texte (publié chez L'Arche éditeur) et mise en scène : Fabrice Melquiot

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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 23:16
jeu-news.jpg
Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 21:05

Porte ton poids à travers neige

Porte ton poids

Sur la tangente que le visage trace au visage

Le long du temps

À force de faiblesses

Cette face de traits qui penchent dans la glace

Allonge-toi

De surface en surface

Froides elles t’écharpent et te laissent

Parfois pour morte

Profondément

Mais toute érosion a un enfant dans le limon

Déleste-toi

De toi en toi

Du poids de neige qui recouvre

La mare cramoisie des batailles

Où chantera demain une chorale au front lisse

Cherche une douceur sans propriétaire

Cette chaleur au monde

Offerte contre rien

Rien que le givre qu’elle console

Marche en guide et suiveur

Marche en femme et en homme

Particule et goutte d’eau

Porte ton poids

Et ne compte pas les morts en route

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 18:10

Les taxis-brousse cahotaient vers Dakar, nocturnes envolées sur le bitume

De l’autre côté de la route, le sommeil des glacières et des cormorans

Des gamines passaient, figures de proue sans vaisseau à charrier

Le téléphone public entassait les voix

Toutes les castagnes étaient rangées

Martin portait sa chéchia de dentelle noircie de crasse

Ibou préparait le thé dans une casserole de fer blanc, martelée comme l’était son cœur

Diakhaté rinçait les tasses dans une bassine sans eau

De l’autre côté du monde

Accroupis nous lancions nos blagues dans les scorpions

Nos rires éclataient, puis ils mouraient, pleins d'aiguillons

Nous buvions à nos santés inégales

J’aurais pissé dans cent mille violons pour inventer une musique très personnelle

 

 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

Texte libre

L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
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