Présentation

Texte libre

Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

Jeudi 2 juillet 2009




Dans les roches carbonées, aux veines noires, sang tari

L’arpenteur pose sa tête

Et elle bleuit

Est-ce toi que le soir déguise en prose au crayon de couleur ?

 

Petit poème du crassier

Où monte la vigie

Pour parler bas

De qui meurt

 

Mon visage n’est plus présentable qu’à la lumière des souterrains

Viens voir

La nuit m’offrir son sein unique sous le corsage opaque

 

Nous avons failli, toi et moi, faire un avion de quatre bras

Un voyage à dix balles sur l’Île des Aléas

Avec chapeau de paille, aspirations, vitraux pour notre église

Et puis

Le soir

Un soir qu’on appelle le soir

Un caillou, du verre brisé, le souffle court

 

Et puis

Nous avons relancé les dés

La Roue des Temps Composés

Dans la tombola du dimanche

 

Nous avons relancé
 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Samedi 20 juin 2009




West Village et Greenwich

Apnée des rues

Jusqu’aux bords de l’Hudson

Où elles consentent à se noyer

Et tu te dis pourquoi pas tu te dis allez et puis non pas aujourd’hui non merci et puis

 

À l’entrée des toilettes publiques 

Sur les bords de l’Hudson

Un type noue, dénoue ses lacets

Humant par à-coups son aisselle

Portoricaine

Comme on croque un piment

Pour héler le courage

Il a quarante ans

Une coupe en brosse, des pompes en croco

Une gourmette sur laquelle on peut lire

Le prénom

Sue

 

Deux pisseuses hispano

Se prostituent dans une supérette

Sur Christopher Street

Sous le climatiseur

On a écrit en lettres capitales

HERE EVERYTHING IS DISCOUNT

 

Longue révérence du soleil

Sur les bords de l’Hudson

Les poumons pleins d’eau

Manhattan

Tu as perdu trop de faces

Pour la fabrique de masques

 

Le type à la gourmette disparaît

Dans un chiotte

Avec vingt centimètres de virile compagnie

Peut-être quinze

Peut-être moins

C’est le jeu

Parier sur un visage le plaisir caché dans son froc

Et tant pis si allez oui merci et puis

 

Les rues dégorgent de vieilles folles promenant teckels et chihuahuas

Vieilles dingues peinturlurées

Qu’alourdissent des bijoux en toc et chinetoque

 

Les rues ne parlent plus que des langues peintes

 

Les femmes sont d’une beauté chiante 

On voudrait les mettre sous verre

Avec des papillons misogynes

 

Le type à la gourmette sort du chiotte

Triste, soulagé

Ajuste sa brosse

Se lasse et se délasse

Sur les bords de l’Hudson

Et puis merci bien allez dégage et puis

Il sort aussi de ton poème 

Rien à y foutre

 

To Sue Forever

 

Tu écris un mot d’amour

À Sue

Qu’elle ne lira jamais

Dans les clichés pantelants

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Jeudi 21 mai 2009



A l’heure chienne

On est sans descendance

Dans une ville étrangère

Sans destination

Ni patronyme

Le pouls sanglé

A des vents sinueux

Et des artères malsaines

La ruine d’existences en ruines

On passe le chiffon

Sur une arche de souvenirs falots

 

*****

 

Rien ne brille que ce qui brille pour rien

 

*****

 

On est au bar l’invisible manivelle

D’un orgue à vendre

Et on pleure de rire

Comme le fou dans sa cage d’esprits

S’en remet toujours à lui-même

Pour sortir

Victorieux de l’espoir

 

*****

 

Rien à convoiter

Sinon ce que l’autre a su perdre avant soi

 

*****

 

Son corps d’animal dans son corps d’homme

On avance à pas de fourmi

Recule à pas de loup

Dans la mélancolie

C’est ici

Tout l’amour qu’on porte à ses chagrins

Ces peines sans origine

Qui font retentir

L’éclat d’écrire

 

*****

 

Rien n’est à soi que ce revolver sur la tempe d’une fête

 

*****

 

C’est l’heure où s’éteignent les voyages

Dans l’art brut des chemins

Les pèlerins s’annulent

Au fur de l’appel

Leur nom blanchit sous d’autres noms

Et les balises pleurent nos détresses

Un mauvais lit ne tient que de mauvaises promesses

 

*****

 

C’est l’heure où les hommes

Prennent aux chiens leurs tiques

Et se grattent le derme pour trouver

La peau de l’autre sous sa peau à soi

Ils se reniflent le cul

Dans des vies de copistes

Qui s’annulent en se reprenant

Et celui qui marche est piétiné

 

*****

 

A l’heure chienne

Cent cloches tremblent sur le trottoir de l’Avenida Pedro Montt

On salue les mourants qui repeignent

La devanture des aventures

En chantant faux

 

*****

 

Ils vendent un sparadrap des sucettes ou leurs parents

Prient le ciel de leur accorder trois épis de maïs

Et une chaude-pisse de leur lâcher le frein

Leur corps ment comme la verrière d’une gare

Qui signale une arrivée

Quand le train va partir

 

*****

 

Je te cherche

A l’heure chienne

Dans des rues peuplées de vieux garçons

En pulls jacquards

 

*****

 

Je suis une imitation qu’on imite

Un article bon marché

Qui prend la poussière

Sur l’étal des chiens et des humains

 

*****

 

Maintenant, l’Amérique est au sud

 

*****

 

Je t’ai trouvée

A l’heure où les morts font silence

Respectueux de notre attente

 

*****

 

Tu es cassable, mademoiselle

 

*****

 

Maintenant, le soleil n’a plus de joue

A te tendre

 

*****

 

Brûle sans lui

 

*****

 

Je prends des gants pour te demander ton prénom

Ma question prend ton histoire

A pleines mains

 

*****

 

Noah

Noah J. Terlow

Sur ton passeport tâché d’encres

Autoritaires

 

*****

 

Et quand tu lèves les yeux

Je salue les esclaves
 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Samedi 25 avril 2009




Paso de Jama

La Lumière cherchait sa mère dans l’altiplano

Là-bas, les volcans tournaient

Comme des berceuses

Je les entendais s’éclaircir la voix

 

Les douaniers buvaient du thé de coca

En prenant le Temps pour un de leurs nombreux fils

Plus loin, je plaignais les cactus

Potences pour les spectres andins

Bouquets de doigts se défendant des morts

Tous ces fantômes

Dans les pentes

 

Et tout à l’heure

La vieille indienne mâchait sa coiffe

Son berger allemand n’était pas son berger

A peine un ami

Elle marchait au milieu de la route, fagot de bois sur le dos

Le chien planait sur les prières

Qu’elle chantait à tue-tête

 

L’autocar a klaxonné deux fois

Elle n’a pas pressé le pas

Ne s’est pas écartée

Son chien non plus

 

L’autocar a klaxonné une troisième fois

Elle n’a pas pressé le pas

Ne s’est pas écartée

Son chien non plus

 

L’autocar a ralenti

Ralenti

Ralenti

Puis il est mort

Comme ça

Et tous ses passagers

Dont j’étais

Tous morts

De rouille foudroyante

 

La vieille indienne a éclaté de rire

Son chien non plus

 

Miracle du ciel qui cherche ses parents sur terre

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Dimanche 22 mars 2009



Les miracles se produisent

A l’origine vierge

Des volontés

Sur une pierre de touche

Où l’or, de sa propre main, écrit

Son nom

Ou le mien

 

Les miracles portent cet habit de feuilles et de cris

Là, tremble la perspective des temples

A la cime du corps

Nu

Sur l’arête des pensées

 

Et ce qu’on croyait perdu

N’est qu’égaré

Dans le cirque des promesses

 

Sans filet, je saute dans la chance

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>

Recherche

Texte libre

L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
Contact - C.G.U. - Signaler un abus