Mercredi 12 mai 2010 3 12 /05 /2010 21:33

 

félicien1 copie

ça y est

il est là

depuis le temps

ça y est enfin

vous l'attendiez

vous ne saviez pas que vous l'attendiez

il est là

disponible

dans toutes les librairies

lui

qui va devenir le cauchemar de tout le monde

ah ça il va vous en faire baver

le petit monstre

eh oui ça y est votre vie va changer

Les sales histoires de Félicien Moutarde

volume 1

roman graphique (texte de fabrice melquiot / illustrations de ronan badel)

c'est aux éditions de l'élan vert

et c'est pour les petits et les grands

qui préfèrent les teignes

aux coccinelles

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Mardi 30 mars 2010 2 30 /03 /2010 12:04


Parfois

Tu t’en allais régler ta montre à l’heure des fuites

Au bout du compte miauler déglutir

Mille aiguilles dans la main plantées

Si

Profondément

Que ton pouls crachotait des tic-tac

Tu espérais voir le monde depuis ta fenêtre

Emportant ta fenêtre avec toi et tes yeux de vitre infecte

 

Tu aimais entendre au fur de tes pas

Se briser le miroir de la

Jeunesse

Que tu piétinais de tes forces vaines

La lumière était lasse chaque fois que tu voulais en respirer les vapeurs

 

Tu étais là

Tu étais vraiment là

 

Couché dans le sillon mouillé des pays franchis

Sous des orages plus fidèles qu’un chien

Tu étais au monde

Au point de le savoir cet étranger dans le désert qui réclame l’eau de ta gourde

Que son chemin ne finisse pas dans sa soif

Le monde où tu allais écoper rires et douleurs

Te blottir contre des murs crépis

Remodeler souvent ton

Visage

Dans des voyages inachevables au bout desquels tu espérais

Gueuler : assez vu

Mais tu ne voyais jamais assez

Et tu t’endormais la nuque contre ton sac rempli de distance

 

Les nuits n’étaient jamais amicales tant mieux

Tu les préférais

Solides comme des coups de poing

Ce n’était pas chez toi jamais chez toi

Ce ne sera jamais chez toi ça n’existe pas : chez toi

Il n’y a pas

Il n’y aura pas

Il n’y avait pas depuis le début de toi

Pourtant

Tu étais là

Tu étais vraiment là

 

Les nuits crevaient dans les hauts quartiers de disparition

Tu espérais à travers les cloisons

Que fonde ton corps de briques avec son âme au centre

En guise de fenêtre

Et les singes qui jouaient à l’ouvrir à la fermer

 

Tu cherchais à traverser remailler l’espace entre les êtres et toi

Détoiler démembrer peut-être

Que flottent jusqu’au soleil bras jambes et gencives libres de pesanteur

Tu rêvais ces presque mânes en enfants brûlés d’Icare

Un soir au bord de la Yamunâ

 

Un milliard et cent trois millions de cœurs brouillés tordant le nid des thorax sur la berge avec la boue de petits bateaux de carton

Fichus

Qui coulent sitôt lancés qu’on nommait tendresse entre nous le soir un soir hier jamais

As-tu déjà été à ce point la somme dérisoire de tes membres ?

Déchirant assemblage de papier dans du feu ignorant l’imploration des monstres déboutés par le ciel éclopés mourant au pied de la mosquée Jama Masjid dans les chèvres et les commerçants

 

Comme ils se sentaient merdeux les hommes de s’être ratés de la sorte de s’être oublié une jambe de s’être oublié les pieds de s’être oublié les yeux une main gauche une clavicule

Et la peau n’était qu’un voile soudé aux chairs pour les cacher à mesure qu’elles se corrompaient rongées par la gangue et les gangrènes

 

Tes larmes ont doucement tari

Comme l’enfant rose et noire brouillon d’enfant

Se jouait de la théorie des atomes

Elle a passé dans la terre en est devenue parcelle sous tes yeux blancs : Centimètres carrés de ton sol rose et noir sur lequel

Tu marches

 

Et les singes ouvraient fermaient la fenêtre faisaient claquer

Tes contrevents

Quand tu regardais le mendiant

Tu ne voyais plus l’enfant ni le vieillard

Quand tu regardais l’enfant ou le vieillard

Tu ne voyais que le mendiant

Le jour

S’écaillait

 

Tu te demandais combien de fois peser les mots et si la même balance vaut pour la vie

Tu apercevais un au-delà pour la

Parole

La seule présence

Tu voulais dire : j’étais là j’étais vraiment là

Etait-ce déjà mourir ?

 

Tu allais sans corps ni fonction sans vraie nécessité – ne le cache pas –

 

À la mauvaise santé de ta conscience

Aux cénotaphes nombreux où l’homme ne dormait plus

À ces poignées de mains et de mots qui pouvaient bien crever

Tu trinquais

 

En passant tu révisais la liste des choses à être plus tard :

Une aiguille à chapeau

Une vache pas sacrée du tout rien qu’une vache

Etre une vache

Un panneau de signalisation

Un chien au soleil

Une chemise déchirée au coude

Un vieux pot de mayonnaise

Un collier de fleurs

Du grillage

Et enfin

La gorgée d’eau susceptible de tirer tout homme du désert

 

Sur les rives de la rivière Betwa

Les lavandières lâchaient leur tresse et se battaient

Avec les draps de lessive

Elles dressaient en même temps que leur buste

Nu

La liste des choses à ne plus être plus tard :

Elles écrivaient :

Une femme

 

Milliers de pages noircies

Pourtant tu ne savais pas encore

Regarder ta mère dans les yeux

Ni le soleil du lendemain dans la lune du soir

Pauvre cloche

Bambin impudique qui ne pensait pas assez à décevoir des attentes

Il faut décevoir

Ça s’apprend et puis

Quand on sait

On sait

 

Caste des touristes ta caste pauvre cloche faisant la courte échelle à leur propre bêtise

Se hissant sur les hauteurs d’eux-mêmes

Pour flasher l’existence à cinquante mètres

Dans leurs nasses rougeoyantes

Braises au front les yeux plein d’huile

Lampions de chair

Tu les regardais

S’allumer

S’éteindre

Toi le plus obscène

Dans la foule

Tu grimpais plus haut

Jusqu’à ce que tu croyais être

N’es pas encore

Ne seras peut-être jamais :

Un égaré

Organes rendus à l’espace qui les a assemblés

Les dispersera

La mort dans l’âme tu iras enfin

Forniquer avec la joie

Et vous serez fourbus

 

Tu étais souvent génial

Dieu qu’il était bon d’avoir une haute opinion de soi-même

Tu étais sorti de chez toi

Tu étais sorti

Faire un tour sur toi-même

Et d’un centimètre ou deux

Déplacer l’axe de ton être

Sortir

Quelle idée

 

Tu lançais au ciel tes bras bouffés par les insectes et la crasse

Pour battre le tambour des épiceries et des constellations !

Tu te postais à l’intersection des dieux et des commerces

Trente-trois millions de dieux trente-trois milliards de commerces présidaient au grand remue-ménage des bourses et des esprits

Notre intimité mondiale

 

Tous ces petits tours sur toi-même

Pour ne rien comprendre du monde

Tu ne voulais aller nulle part

Sisyphe décapité

Que roule ta tête

Et roule

Et roule encore

 

Tu étais là

Tu étais vraiment là

Tu ne te lassais pas de mourir aveugle

 

Et les ghâts à cinq heures ce matin prêtaient le flanc au brouillard

Et les barques étaient confites contre les rives

Les rameurs forclos

Tes mains gelées d’horizon mort

L’eau du cimetière à tes pieds

Le Gange

 

De ta jeunesse pilée tu n’avais qu’un goût vague

Qui te coupait la trachée

Amygdales mal soignées un peu de pus

Et tu pouvais juger autrui

Très mal à cause de l’amertume

Tu n’avais jamais vu pisser une vache

Tu n’avais vu mourir personne

En dehors de toi

 

Voilà

 

Sur les bûchers noircissaient les crânes

Bustes

Ventres

Sexes

Flammes dans les queues les cons fondus

Dépassaient souvent une jambe un avant-bas

Qu’on relançait au feu

Quand le reste volait

Poussière revenue à poussière

 

De certains bateaux montaient des beats technos qui pénétraient l’obscurité

Des gosses dansaient sur les rives mains sur les hanches garçons entre eux filles entre elles

La chanson posait à tous la même question refrain salaud :

Are you ready ?

Cent cloches sonnaient l’heure des temples et les prières entraient dans les bouches

La vie était folle la mort l’imitait

Les peaux rutilaient comme l’argent qu’on n’avait pas les dents sous la glaise étaient noires d’oubli

Qu’il était bon d’être là vraiment là

Et la lune là-haut brillait pour tout le monde

Sans rien demander sinon son dû de mort son dû de vie

Et une danse encore en plein bordel

Que l’on retranche à l’éternité son tape-à-l’œil sa longue traîne de ruines sa vacherie

 

Are you ready ?

Non je ne suis pas prêt

 

Il y eut la jeune femme au dupatta vert et le rire édenté de Jagdish Prasad Bajpaï

Un thé sur Lal Ghât et mille autres femmes avec l’argenterie ou le revolver

À l’assemblée des rêves présidaient des alliances de Charon vœux de soiffard repenti :

Non non et non

Le monde ne t’appartenait pas

Ce n’était pas chez toi

 

Sur Assi Ghât tu repensais à Miss Electricity

Dans les banquises dissoutes quelques os tirés du feu :

Un fémur

Une cage thoracique

Un taureau bleu au milieu des bûchers

Les vendeurs de bougies et les dormeurs les lavandières les Coréens les Anglais les hippies les margoulins les loueurs de bateaux les cerfs-volants les joueurs d’échecs les adolescentes fluo les mamans au dos nu les raseurs les rasés les marchands de bois les cendres les dealers de manali de hasch et de marie-jeanne les sâdhus les paumés les trouvés les mages et les menteurs

Au fond du puits d’où jaillissaient les existences obliques

 

Un jour tu te demanderas qui a éteint la lumière

Et tu ne mordras plus dans les mangues

Tu étais là

Tu étais vraiment là

 

Jagdish Prasad Bajpaï

Je te demande pardon d’insister pour que ton nom passe dans mes phrases

Tu dois être mort aujourd’hui

Je me souviens de toi sur Lal Ghât

Nous avions parlé de la pendaison d’Hussein

Le thé était parfaitement sucré

Dans l’angle souverain de nos vies

Nous avions dévoré la parenthèse

Adieu Jagdish

 

Tu étais là

Tu étais vraiment là

 

Tu aurais aimé savoir : où est le pays nouveau ? Le pays de l’avenir provoqué ? Celui
de mon enfant ?

L’anti-patrie où l’on ne parle qu’entre minuit et minuit trente ?

Tu avais enchaîné l’espérance à tes poignets

Et pèlerin boiteux tu ne t’arrêtais plus pour brouter

Tu ne t’arrêtais pas non plus pour boire

Tu ne t’arrêtais plus rien ne t’arrêtait

Tu n’étais plus que ça : un homme qui parle à minuit

Tu marchais dans les jardins de Lodhi de longues heures

Tu pensais à Langston Hughes qui fut chasseur dans un club de la rue Fontaine clochard à Gênes plongeur à Pigalle correspondant de guerre

Il y avait cette phrase gravée dans le béton  : It’s a white man’s world

La poésie ce truc de riche ce truc de retraité ce truc de mort-vivant

Tu en étais là

Non pas fidèle à un ami

Tu n’aurais pas le temps de creuser cette fidélité-là

Tu serais fidèle à un suspens de vie floue

Constant ô combien le temps nécessaire pour constater que ta respiration change

Quand tu arpentes les chambres incendiées

Où l’on s’insomnise de plein gré

Dans cette moisson d’ailleurs qui fabrique de l’amitié jetable

Amis jetés

Coupants comme la glace

Mourants en elle

 

Un jour tu te demanderas qui a éteint la lumière

En attendant

Tu es là

Tu es vraiment là

Ce n’est rien que le rien essentiel pour dire le mot rien

Porter son manteau comme un gouffre

 

Que le vent vienne y dissoudre ses directions

Je suis l’événement

Je suis le voyage à cru

Le bambin rachitique

Dont le premier cri paie tous les trains

Je suis ce cri

Qui dit le départ en disant la fin

 

Santé !

Crie ta santé

Mets le coup de pied dans les célibataires

Mets le coup de pied dans les couples

Mets le coup de pied dans les seuls

Coup de pied dans tes reflets

 

Tu es là

Vraiment là

Hématome au cul de tes vies

 

Tu cherches le degré zéro de l’avenir

Attends la fin de l’attente

 

Le point où l’horizon se travestit

En source

Dans le cercle des heures


Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 08:06


Dominik Courier
Je suis rentré chez moi à pied, mon MP3 sur les oreilles, les Buzzcocks chantaient
I don’t mind et c’était vrai de vrai, après tout rien à foutre. Je suis passé chercher mon sac. Après, j’ai été au bahut. On a parlé de l’audition avec deux trois potes, ils se sont bien foutus de ma gueule, ils ont dit que c’était pour les blaireaux ce film, que ça ne valait pas un bon Jackie Chan, alors on a parlé du nouveau Jak and Daxter, The Lost Frontier ; en jeu de plate-forme, c’est ce que je préfère. On a parlé de la nouvelle Porsche et de Leslie Choupin. Les potes se sont refoutus de ma gueule à cause de mon tee-shirt Have you used your brain today, mais ils se sont écrasés devant le 17 que je me suis payé en Français. Leslie Choupin est super belle. Leslie Choupin est une bombe. Je ne sortirai jamais avec une bombe. Trop dangereux. Quand on est descendus dans la cour tout à l’heure, elle était juste devant moi dans l’escalier. Quand j’ai une jolie fille devant moi dans l’escalier, je la pousse sans faire exprès. C’est plus fort que moi. Une ou deux marches, ça ne fait pas de mal. Elle trébuche, ça la ridiculise un peu. Moi, ça me tranquillise. Et si elle rouspète, je la traite de quenelle, ça passe bien.

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 07:59

Gaby – Regarde.

 

Brunella – Tu as fait la soupe aussi.

 

Gaby – Oui j’ai fait la soupe.

 

Brunella – La soupe.

 

Gaby - Tu m’en veux parce que j’ai fait la soupe ?

 

Brunella – Non, la soupe c’est bien. Tu peux faire la soupe. Ça me fait plaisir que tu fasses la soupe.

 

Gaby – Quoi ?

 

Brunella – Rien.

 

Gaby – Allez.

 

Brunella – Non rien.

 

Gaby – Tu allais ajouter quelque chose. Ajoute.

 

Brunella – Ça me fait plaisir que tu prépares la soupe, même si quand c’est toi qui fais la soupe, on n’en mange pas une louche.

 

Gaby – Ah bon et pourquoi pas une louche ?

 

Brunella – Parce qu’elle est immangeable.

 

Gaby – Ma soupe, elle est immangeable ?

 

Brunella – Tu la laisses toujours cramer, le fond de la casserole crame et ta soupe a un goût de merde, c’est automatique. Tu es un homme, mon chéri, tu le sais. Ce n’est pas grave en soi. Mais la soupe que tu nous prépares, c’est une soupe d’homme, une soupe oubliée.

 

Gaby - J’ai fait bouillir le reste de courge qui traînait dans le frigo. J’ai mis un bouillon de légume, j’ai salé et poivré, j’ai surveillé la cuisson, du début à la fin. Et j’ai tout passé au moulin. Et puis j’ai touillé, touillé. Elle est bonne, j’ai goûté. Goûte.

 

Brunella – Elle a un goût de cramé.

 

Gaby – Quoi ? Fais voir.

 

Brunella – Qu’est-ce que je disais.

 

Gaby – Elle est excellente, cette soupe.

 

Brunella – Elle a un goût de merde, franchement.

 

Gaby – Quand même.

 

Brunella – Gaby mon Gaby mon petit, je ne veux pas être de mauvaise foi, sous prétexte que je suis ta mère et que tu fais un effort pour ta mère en préparant la soupe du soir. Tu es la dernière personne avec qui je serai de mauvaise foi, Gaby, la dernière.

 

Gaby – Tu dis qu’elle a un goût de cramé ? Mais qu’est-ce que tu entends par cramé ?

 

Brunella – Cramé. C’est le Portugal ou la Corse en été, tu vois, cette ambiance-là.

 

Gaby – Elle a un goût de courge, M’man. C’est une soupe à la courge avec un goût de courge.

 

Brunella – Ouais ouais.

 

Gaby – Je sens un truc qui commence à monter, M’man.

 

Brunella – Gaby mon petit, calme-toi.

 

Gaby – Non mais ça monte.

 

Brunella – Mais non.

 

Gaby – Si si ça monte.

 

Brunella – Je te dis que non.


Gaby – Ça monte quand même.


Brunella - Tu t’énerves pour un rien. C’est fou ça, comme tu pars au quart de tour, comme tu es susceptible, alors ça, ça on se demande de qui tu tiens ça, on croirait ton père en personne, bon, allez, on va la manger ta soupe.

 

Gaby – Ah bon on va la manger.

 

Brunella – Pour une fois qu’elle n’est pas mauvaise.

 

Gaby – Ah bon elle n’est pas mauvaise.

 

Brunella – Cet orteil me fait souffrir, tu n’as pas idée.

 

Gaby – Elle est bonne, ma soupe ?

 

Brunella – Je retire ce que j’ai dit. Pour une fois, elle est mangeable. J’ai été surprise à vrai dire. D’habitude, tu la rates, alors je pensais que tu l’avais ratée comme d’habitude, mais c’est vrai que – Bon. Bravo pour ta soupe, Gaby. C’est une réussite, c’est sûr. Une réussite ou un miracle, je ne sais pas, mais bravo. Je plaisante, Gaby mon chéri. C’est tous ces poivrons qui me montent à la tête. Tu es mon Paul Bocuse ! Je mets la table.

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 07:55

Pandora des Glaces.
Des hôtesses de l’air. Des infirmières. Des baby-sitters. Des institutrices. Des mannequins. Des assistantes sociales. Le monde est plein de filles dévouées, attentionnées, qui ne se rendent même pas compte que leur soumission pèse. Je leur en veux, à ces gourdes. Moi, je suis jeune et coupante. Implacable. Elle tousse. Un jour, j’écrirai une pièce de théâtre pour cannibales. Le rideau se lèvera sur un tas d’os bien blancs, puis on baissera le rideau ; fin de la pièce. La pièce de théâtre la plus courte de tous les temps. Tous les cannibales seront contents ; ils pourront aller bouffer plus vite, dans les rues pleines d’humains. Elle tousse. Plus tard, je serai bûcheron, les bûcherons coupent des arbres et les vendent. Je serai plombier, les plombiers refusent des rendez-vous, je passerai mon temps dans ma camionnette à écouter Led Zep en buvant du punch. Je serai boxeur, je boxerai, c’est tout. Je serai exploratrice, je découvrirai des contrées magiques et je n’en parlerai à personne. Je serai tout en haut de la pyramide. La pyramide de Kheops, à Gizeh, c’est là que j’irai m’asseoir en tailleur, et je regarderai le monde, comme à l’instant je le regarde, avec ses hôtesses de l’air, ses infirmières, ses baby-sitters, ses institutrices, ses mannequins, ses assistantes sociales. Elle tousse. Je ne pense pas à lui. Tousse encore. Je ne pense pas à lui. Tousse. Je ne pense pas à lui. Rien à foutre de sa petite gueule de garçon, de con, con de garçon. Je me casse, cloporte. Bonne qu’à ça. Irrattrapable.
Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Vendredi 12 mars 2010 5 12 /03 /2010 07:52

- Nous sommes deux comiques qui s’ignorent, assis sur des tombes inconnues. Deux joujoux ridicules, posés l’un à côté de l’autre, au bord du monde, jambes dans le vide. Deux ignorants, sûrs d’eux-mêmes.

 

- J’ai déjà disséqué dans les 3000 mouches.

 

- Kierkegaard : « Alors je reste là, livré à mes pensées, vieil homme aux cheveux gris, et m’explique à des images, l’une après l’autre, à voix basse, presque en murmurant ; et à côté de moi un enfant est assis, qui écoute mes paroles, bien qu’il sache depuis longtemps ce que j’ai à lui raconter. »

 

- Betty, as-tu vu ta vie ? En rêve, est-ce qu’elle t’est apparue ? Parce que tu ne peux saisir le tracé de ta vie - ta vie en tant que trajectoire réelle dans le monde réel - qu’à partir du moment où tu l’as vue en rêve. Si, enfant ou adolescent, tu ne vois pas ta vie en rêve, tu ne la vivras pas. Elle t’échappera. Dans ce temps faux de mon corps adolescent, j’attends ce rêve où je vais enfin voir ma vie. Mais dans ce rêve impatienté, ma vie paraît brisée, comme une vieille fable asphyxiée dans les bras de dieux morts, et j’attends, j’attends encore le vol de la chauve-souris.

 

- Je recompose trois faces uniformes de mon Rubik’s Cube. Fastoche.

 

- La SNCF, c’est le top. Tu vas aimer. Tu n’es pas obligé de rester à Modane. Tu passes le concours et tu t’installes à Chambéry. Réfléchis.

 

- J’ai peur de la lumière.

 

- Où es-tu, Betty ? Finalement, tu vois, je n’étais pas le Christ.

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Samedi 20 février 2010 6 20 /02 /2010 17:45
hartcrane.jpg
Hart Crane

399 secondes / Hart-Emily / Le Cabinet de curiosités

Si vous aimez
Shanghai, la poésie américaine, Hart Crane, Emily Dickinson, le pont de Brooklyn, les moins de vingt ans, les loges des théâtres, les voyages en cargo, le poisson qu'on mange vivant, les allumeuses, les dragueurs, les dépressives, les girouettes, les psychorigides, les vivants et les morts, les quenelles, les chansons, les sondages d'opinion, Edvard Munch, Kurt Cobain,
éprouver le vertige, dormir peu,  
Si vous aimez
vous arracher les dents vous-même, rester longtemps la tête sous l'eau, tomber amoureux puis changer d'avis, quitter, faire mal, humilier ceux qui vous sont chers
Si vous aimez
les éclipses de soleil, les vols de tableaux, les îles mystérieuses
Alors peut-être
Serez-vous heureux de passer par ces textes



Dickinson
 Emily Dickinson
Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /2009 23:16
jeu-news.jpg
Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Dimanche 6 décembre 2009 7 06 /12 /2009 21:05

Porte ton poids à travers neige

Porte ton poids

Sur la tangente que le visage trace au visage

Le long du temps

À force de faiblesses

Cette face de traits qui penchent dans la glace

Allonge-toi

De surface en surface

Froides elles t’écharpent et te laissent

Parfois pour morte

Profondément

Mais toute érosion a un enfant dans le limon

Déleste-toi

De toi en toi

Du poids de neige qui recouvre

La mare cramoisie des batailles

Où chantera demain une chorale au front lisse

Cherche une douceur sans propriétaire

Cette chaleur au monde

Offerte contre rien

Rien que le givre qu’elle console

Marche en guide et suiveur

Marche en femme et en homme

Particule et goutte d’eau

Porte ton poids

Et ne compte pas les morts en route

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Jeudi 19 novembre 2009 4 19 /11 /2009 18:10

Les taxis-brousse cahotaient vers Dakar, nocturnes envolées sur le bitume

De l’autre côté de la route, le sommeil des glacières et des cormorans

Des gamines passaient, figures de proue sans vaisseau à charrier

Le téléphone public entassait les voix

Toutes les castagnes étaient rangées

Martin portait sa chéchia de dentelle noircie de crasse

Ibou préparait le thé dans une casserole de fer blanc, martelée comme l’était son cœur

Diakhaté rinçait les tasses dans une bassine sans eau

De l’autre côté du monde

Accroupis nous lancions nos blagues dans les scorpions

Nos rires éclataient, puis ils mouraient, pleins d'aiguillons

Nous buvions à nos santés inégales

J’aurais pissé dans cent mille violons pour inventer une musique très personnelle

 

 

Par Fabrice Melquiot - Publié dans : fabricemelquiot
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Ils ont amputé / tes cuisses de mes hanches.

A mes yeux ce sont toujours / des médecins. Tous autant qu'ils sont.

Ils nous ont détachés / l'un de l'autre. A mes yeux ce sont des ingénieurs.

Dommage. Nous étions une bonne invention / et amoureuse avec ça :

un avion fait d'un homme et d'une femme, avec des ailes et tout le reste :

nous nous sommes un peu élévés du sol,

nous avons un peu volé.

Yehuda Amichaï, "Perdu dans la grâce"

 

Pour toute demande de droits concernant les pièces de théâtre ou poèmes publiés à L'Arche, merci de contacter Katharina von Bismarck au +33 1 46 33 63 26.

Texte libre

L’office de la parole,
au-delà de la petite misère,
de la petite tendresse en désignant ceci ou cela, est un acte d’amour : créer de la présence.
 
L’office de la parole
Est que le monde puisse dire le monde,
Que le monde puisse dire l’homme.
 
La parole : ce corps vers tout.
La parole : ces yeux ouverts.
 
Roberto Juarroz, "Poésie verticale"
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